PARTIE I, CHAP. XVÏI. i4i
pot d'eau fraîche , qu'elle revint lui présenter, Sancfao le portait à sa bouche lorsque don Quichotte lui cria de loin : Prends garde, mon fils , prends garde ; ne bois point cette «au perfide qui te donnerait la mort. Songe que j'ai ici le divin baume dont une seule goutte te guérira. En disant ces paroles , il montrait la burette. Sancho , le regardant en dessous et de travers , lui répondit : Avez-vous oublié que je ne suis pas chevalier ? Gardez votre chien de breuvage , et me laissez en repos. Il but alors ce que lui offrait la charitable Maritorae; mais, s'apercevant que c'était de l'eau , il fit la grimace , et pria l'Asturienne de lui donner un peu de vin , ce qu'elle fit volontiers , même en le pajant sur ses gages ; car dans le fond elle était bonne , et ne pouvait ' rien refuser de tout ce qu'on lui demandait. ' L'auberjriste ouvrit les deux battans à Sancho , li donna des talons à son âne , et sortit fort itisfait au fond du cœur de n'avoir pas payé lin sou. Il est vrai que le trouble où il était I i-mpècha de s'apercevoir qu'il oubliait son tiissac. L'h6tc , quand il fut dehors, voulait fermer la porte ; mais il en fut empêché par ^ jeunes berneurs , qui n'auraient pas craint • Il Quichotte, quand bien même il eût été iHvalierde la table ronde.
i42 DON QUICHOTTE.