‹ Don Quichotte de la Manche, traduit de l'espagnolChapitre 88 sur 119 · PARTIE I, CHAP. XX. i · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAP. XX. i

des guerriers de la table ronde , des ■[)airs de France, des neuf preux, de tousleschevaliei* du temps passé. Remarque , fidèle écuyer , cette sombre horreur qui nous environne , ces / silencieuses ténèbres, ce murmure sourd des tA /'>-.' chênes immenses que les aquilons font gémir,. ' •' bruit épouvantable des flots qui semblent ■ précipiter des montagnes de la lune , et ce» « oups terribles dont le son aigu déchire l'o^^**!^^ ■ . ille effrajée; le dieu Mars lui-même con- ,;;ntrait la peur : eh bienl mon courage en augmente; je désire, je veux, je cours entr*jirendre cette aventure. Serre les sangles de mon coursier : reste ici, attends-moi trois jours. Si à cette époque je ne reviens point , i trouvefr au Toboso 1 incomparable 'Dulinée, et dis-lui que son chevalier est mort a cherchant à mériter la gloire de lui apparia nir.

En écoutant ce» paroles, Sancho se mita pleurer : Monsieur, dit-il dune voix attendrie, pourquoi voulez-vous tenter une si teriblc aventure? Il est nuit, personne ne nous oit , personne ne pourra nous traiter de pol • I ons , quand nous nous détournerions un peu . '.*renons ce parti , cro^j^ez-moi , dussions-nous i<» boire de quatre jours. Je vous préviens i'-id qiu- \r n'ai plu» soif : notre cnré,qt««î

iG4 DON QUICHOTTE,

vous connaissez bien , m'a dit souvent que qui cherche le péril périt. Vous devez être satisfait de n'avoir pas été berné comme moi ; d'avoir vaincu, comme vous l'avez fait, ce grand nombre d'ennemis qui escortaient ce corps mort. Si toutes ces raisons ne vous touchent pas, songez que j'ai quitté pour vous ma maison , mes enfans , ma femme. J'espérais ny pas perdre , à la vérité; mais , comme on dit , la convoitise rompt le sac : que deviennent toutes mes espérances , si , au moment où je crojais tenir cette malheureuse ile que vous m'avez promise, je me vois délaissé par vous ? Pour l'amour de Dieu , monseigneur , mou maître , ne me faites pas ce chagrin ; du moins attendez qu'il soit jour. Avant trois heui-es d'ici vous verrez paraître l'aube; car, d'après , la science que j'ai acquise quand j'étais ber-^ ger, je vois la bouche de la petite ourse audessus de la tête , et il doit être minuit dans la ligne du bras gauche. Eh! comment distingues-tu, lui répondit don Quichotte, cette ligne et cette bouche, puisque la nuit est si obscure , qu'aucune étoile ne paraît au ciel ? — Oh! monsieur, la peur a de bons yeux; et vous pouvez être certain que j'ai des raisons excellentes pour vous assurer qu'il fera bientôt jour. — Jour ou nuit , il ne sera pas dit que

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