PARTIE I, CHAP. XX. i
lien au monde ait i-etardé l'accomplissement de mes grands devoirs. Laisse-moi , Sancho ; le Dieu tout -puissant qui m'inspire d'entreprendre cette aventure saura bien veiller sur ma vie , ou te consoler de ma perte. Serre le» sangles de Rossinante, et attends-moi : je serai hientôt mort ou vainqueur.
Sancho , voyant que ses larmes , ses prières , ses conseils , ne pouvaient rien sur son maitre , résolut d user d'adresse , et de le forcer , malgré lui , d'attendie que le jour parût. Pour cela, dans le même temps qu'il sei'rait les sangles de Rossinante , il lui lia doucement les jambes de derrière a\ec le licou de son âne. Quand don Quichotte voulut partir, son cheval , au lieu de marcher, ne faisait que de petits sauts. Vous le voyez , s'écria l'écuyer , le ciel , plus pitoyable que vous , ne veut pas .!ie vous m'abandonniez. Il défend à Rossinante de vous obéir; et si vous continuez à résister à sa volonté, vous mettrez en colère la jitune, et vous en serez puni. Don Quichotte <tt désespérait ; mais plus il piquait son che- > al , rt moins le cheval avan^^ait. San» se douter <le ce qui le ntenait : Allons! dit-il, puisque Rossinante ne veut pas maix;her , je vais attendre l'aurore , quoique je verse des larmes de ce retard si cruel. Mais , monsieur , répon-
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dit Sancho , il n'y a pas là de quoi se désoler. Je vous ferai des contes pendant ce temps ; à moins que vous ne préfériez de descendre et de dormir sur l'herbe touffue , à la manière des chevaliers. ^ — Moi , dormir ! y penses-tu ? Suis-je de ces guerriers qui dorment quand il faut combattre ? Dors , dors , toi qui naquis pour le sommeil ; je m'entretiendrai avec mes pensées. — Ne vous fâchez pas , monseigneur , je ne l'ai pas dit pour vous déplaire.
Sancho , en parlant ainsi , se l'approchait toujoui'S de son maître ; tant était grande la frayeur que lui causait ce bruit continuel de ferrailles I II finit par saisir d'une main l'arçon delà selle, et de l'autre la croupière, tenant ainsi fortement embrassée la cuisse gauche de notre héros. Voyons donc , reprit celui-ci , quels sont ces contes que tu veux me faire. Oh! j'en sais beaucoup, répondit Sancho, mais j'ignore pourquoi dans ce moment ils ne reviennent pas dans ma mémoire. Cependant je m'en vais tâcher de vous conter une histoire qui est la plus belle, la plus étonnan; la plus intéressante des histoires. É'couti moi , je vous prie , avec un peu d'attention.
Il était ce qu'il était, et le bien qui vienf pour tous , et le mal pour qui le cherche. He-, marquez d'abord, monsieur, que les anciens