‹ Don Sanche d'AragonChapitre 103 sur 111 · ACTE V , SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE V , SCENE VII

Je vous avais fait tort en vous faisant marquis; 1800

Et vous n'aurez pas lieu désormais de vous plaindre

De ce retardement où j'ai su vous contraindre.

Et pour moi, que le ciel destinait pour un roi,

Digne de la Castille, et digne encor de moi,

J'avais mis celte bague en des mains assez bonnes 1805

Pour la rendre à don Sanche, et joindre nos couronnes.

CARLOS

Je ne m'étonne plus de l'orgueil de mes vœux,

Qui, sans le partager, donnaient mon cœur à deux :

Dans les obscurités d'une telle aventure,

L'amour se confondait avecque la nature. 1810

Le nôtre y répondait sans faire honte au rang. Et le mien vous payait ce que devait le sang.

CARLOS, à D . Elvire.

Si vous m'aimez encore, et m'honorez en frère. Un époux de ma main pourrait-il vous déplaire ?

Si don Alvar de Lune est cet illustre époux, 1815

Il vaut bien à mes yeux tout ce qui n'est point vous.

CARLOS, â T>. EU' ire .

Il honorait en moi la vertu toute ime. [A D. Manrique et à D. Lnpe.)

même pas embarrassée : un trait, un sourire lui suffisent, et la voilà établie sans gène dans son rôle officiel de liancée du nouveau roi d'Aragon.

1801. Var. : Et vous n'avez pas lieu... (16Ô6.)

1802. Racine employait encore retnidcmcnt pour retard.

Tous vos retardeme.nta sont pour moi des refus, (.indromtt/ i/e, 1171.)

Ou, auquel, comme aux vers 683 et Viol.

C'est pour lui que le ciel te disline nuioiirdluii.

{Andromède, 'JCO.)

ISOT.Tout s'explique ettout s'arrange.

Le poète y a veillé.

1808. Sans le paria i;er, on ne voit pastrès bien comment, au premier abord :

mais l'amour pour D. Elvirc n'était qu'un amour fraternel instinctif.

1810. Avecque ; voyez la note du v. 639.

1812. Comme cela se trouve! D. Elvire, elle non plus, ne semble pas embarrassée : elle voit clair, un peu tard, dans son cœur, et, sans entraînement de passion, mais sans regret, au moins apparent, de la couronne qu'elle perd, elle va accepter l'époux que son frère lui oITrira.

1817. Var. : Il adorait en moi la vertu toule nue. (1G92.) — Et c'est la vertu aussi, la vertu persévérante et désintéressée, qui sera récompensée en la personne de don Alvar.

Et VOUS, qui dédaigniez ma naissance inconnue,

Comtes, et les premiers en cet événement

Jugiez en ma faveur si véritablement, 1820

Votre dédain fut juste autant que son estime :

C'est la même vertu sous une autre maxime.

D. RAIMOND, à D. Isabelle.

Souffrez qu'à l'Aragon il daigne se montrer. Nos députés. Madame, impatients d'entrer...

D . ISABELLE

Il vaut mieux leur donner audience publique, 1825

Afin qu'aux yeux de tous ce miracle s'explique.

Allons; et cependant qu'on mette en liberté Celui par qui tant d'heur nous vient d'être apporté; Et qu'on l'amène ici, plus heureux qu'il ne pense, Recevoir de ses soins la digne récompense. 1830

1821. Carlos, devenu don Sanclic, oublie volontiers ses rancunes ; au reste, la récente conduite des comtes lui a rendu le pardon facile.

1822. Soux une antre maxime, c'est-àdire à un autre point de vue. De sorte que c'est Carlos qui approuve !e mépris qu'ils ont montré pour Carlos et qui les en remercie presque. Mais, dans l'intervalle, Carlos est devenu roi et le point de vue a changé. On est tenté de le regretter, car, enfin, alors qu'il se croyait encore le fils d'un pêclieur, il «•tait grand par lui-même, il le sentait et le disait.

1828. Tant (/'/iC((/; voyez les vers 522 et 648.

1829. ^lais s'estimera-t-il,lui, si heureux de perdre un fils ?

1830. (( Carlos est roi d'Aragon, et peut épouser la reine de Castille. C'est le dernier coup de baguette, et tout le monde se retire content. Nous surtout, qui, sous l'apparence et la forme d'une aventure romanesque, avons eu le plaisir do voir se révéler peu à peu sous nos yeux une grande et belle âme, tendre, fière, honnête, bonne et généreuse, et qui ne sommes point fâchés, même par le moyen d'événements un peu invraisemblables, que ceux qui méritent le bonheur finissent par l'obtenir. »(E. Faguet, Corneille.)

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