ET AV PALAIS
CHEZ J E A A !• A S L K . A L ' E N T R É li DE LA SALLE
D AU PUINE, A LA P O .M M E d'OR COURONNEE
Dans la dédicace à M™e la Princesse, l'auteur se donne comme une des créatures de M. le Prince, dont il regrette vivement la mort; il fait étalage de ses sentiments moraux et chrétiens : « J'ai puisé, dit-il, dans l'histoire générale d'Espagne la plupart des aventures qui le composent [ce livrej. et ce qu'il a reçu de mon invention n'a rien de profond : l'amour y est chaste, et ses desseins légitimes : la vertu n'y paraît jamais qu'avec applaudissement, et le vice y reçoit toujours ou la honte ou le châtiment qu'il mérite. »
Le privilège est du 10 décembre 1644; l'achevé d'imprimer du 15 avril.
Livre I. — Doin Pelage, qui assiège les Maures dans Gangas, averti que le tyran Mugnuze a enlevé sa sœur Ormisinde, se lance à la poursuite du ravisseur, trouve sa sœur évanouie seulement j^armi les cadavres de cavaliers-
maures et chrétiens; elle lui raconte comment elle a été délivrée par un cavalier inconnu, qui a expiré, croit-elle, à ses yeux. Ce cavalier, transporté chez un vieillard, qui est venu rejoindre le roi et lui apporter la tête de Mugnuze, est Alphonse, fils du prince des Cantabres. Pendant sa convalescence il se fait raconter l'histoire de D. Pelage, fils d"ui> prince chrétien prisonnier d un tyran et que sa mère Benilde confie au fidèle Oronte pour le faire nourrir dans un pays éloigné. Oronte donne 1 enfant à une villageoise dont l'enfant vient de mourir presque aussitôt après sa naissance. C'est là que grandit l'enfant royal sous le nom d Hydaspe,. chez le paysan Hipparque : il ne peut se résigner à vivre dans cette basse condition, bien qu il ignore sa naissance; il estime lâches les sentiments des autres enfants de sa condition et de sou âge. « La guerre fut toujours l'objet qui chatouilla davantage ses espérances, comme le plus court chemin pour élever sa gloire à la grandeur qu il s'était proposée, et l'exercice le plus conforme aux généreuses inclinations qu'il avait héritées de son sang. » Il va servir en France sous les enfants de Pépin le Gros, maire du Palais. A son frère, qui le rejoint et s'efforce de le ramener, il répond : « Le cœur me dit que je suis né pour quelque exercice plus noble et moins ravalé que l'agriculture » ; il méprise cette naissance obscure, qui « empêche d ordinaireles plus hautes vertus de s'élever de terre » et il aspire à la gloire. Touché, son frère l'approuve et le suit. Cependant le roi vrai père d Hydaspe est mort dans sa prison, et l'usurpateur Yitiza triomphe, puis est vaincu lui-même, et détrôné. A ce moment, les deux frères, qui se sont illustrés en France sous Charles Martel, retournent on Espagne.
Livre IL — Le récit que Sigeric, ami de dom Pelage, fait à Alphonse est continué par la sœur de D. Pelage, Ormisinde, qui est venue remercier son sauveur. Après avoir fait parvenir à leurs pauvres parents deux mille ducats, les deux frères se mettent au service de Roderic, vainqueur de Yitiza, pour bâtir si fermement leur gloire et leur fortune que, quand ils viendront à publier la bassesse de leur origine, au lieu de leur nuire, elle ne serve qu'à faire estimer davantage leur vertu. Hydaspe prend le nom de Théobalde et passe pour un cavalier français. Sous ce nom il s'illustre par ses exploits, particulièrement près de Méride, où il
rallie son armée prête à prendre la fuite, soutient, pendant plus de doux heures, avec une poignée d'hommes, les charges de l'ennemi, rond le cœur à tout son parti, donne le temps à ceux qui fuyaient de se rallier, et tout au contraire apporte tant de confusion dans l'armée ennemie qu'elle jette ses armes, se laisse massacrer sans résistance, ou se rend à merci *. Un vieux gentilhomme s'éprend d'amitié pour lui et veut lui donner sa fille. Théobalde doit avouer quil n'a rien de noble que le désir d'être vertueux; il cache son origine pour éviter le mépris que « cette honteuse tache » lui apporterait. Le vieux gentilhomme « ne laisse pas d'admirer la franchise et la candeur de cette belle àme, et de l'aimer autant, ignoble, que s'il eût tiré son origine du plus illustre sang de la terre "^ ». Il vante à sa iille son jeune ami : a Ses qualités suppléent avec excès au défaut de son sang. Il a le visage, les yeux, la taille et la majesté d'un prince extraordinairement bien fait, et si le dehors est si remarquable, son âme fait paraître tous les jours, dans la moindre de ses actions, des mouvements si libres et si généreux qu'ils répondent parfaitement à ces belles apparences. »
Mais, d'une part, sa lille Amalasonthe aime Sigeric et, de l'autre, Théobalde s'éprend de la princesse Godioze ; il se le reproche : « Théobalde, se disait-il à soi-même, te connaistu bien et sais-tu bien à quoi tu penses? as-tu perdu le souvenir de ta bassesse? n'es-tu pas le fils d'Hipparque, de ce pauvre homme à qui le souci de gagner sa vie et celle de tes frères donne tous les jours tant de peine? n'as-tu pas vécu parmi eux et passé les premières années de ta vie dans une obscure et honteuse nécessité ^ ? » — « Hélas! Théobalde, ajoutait-il, que tu serais heureux si le ciel avait égalé ta naissance à tes hautes inclinations!... Toutefois, n'importe, Théobalde, que ta bassesse ne te rebute point : suis les généreux mouvements que cet illustre amour te donne, tente les plus grands hasards et les plus difficiles entreprises, fais des efforts si puissants que ton courage t'élève à la grandeur des rois, et force le ciel d'accorder <à ta vertu les avantages qu'il a refusés à ta naissance. » Un hasard lui