C'est à peu près ce que dit D. Isa- scène m
découvre l'amour mutuel de Sigeric et d'Amalasonthe : ilna pas de peine à se sacriiier.
Livre III. — C'est dans un récit d un personnage épisodique qu'on apprend la suite des aventures de Théobalde, toujours épris en secret de la princesse Godioze; nous savons « que sa passion s'était conduite avec tant d'adresse qu'elle n'avait point éclaté; mais qu enfin un jour qu'il était devant la porte du palais royal, au milieu des courtisans de Roderic, un vieux laboureur, ayant fendu la presse, s'était venu jeter à son col, et l'embrassant avec une tendresse incroyable, l'avait nommé plusieurs fois son fils, et que Théobalde, malgré sa confusion et sa honte, n'avait pas laissé de l'avouer pour son père i, mais qu'ensuite, désespéré de ce fâcheux accident, il était sorti le même soir de Tolède, laissant toute la cour abreuvée de son opprobre ». Puis, on découvre le secret de la naissance de Théobalde, on le rappelle, il revient, plein de douleur et déboute, ignorant encore le changement de sa condition; sa mère Benilde et sa sœur Ormisinde se jettent à son cou, et Roderic lui promet la main de sa nièce Godioze -. Le reste du livre expose : 1^ les aventures de Cratile, frère de lait de Théobalde, après que celui-ci est devenu dom Pelage. Lui aussi, il aime en lieu plus haut que sa condition, et Asphalie, soeur de Sigeric, ne le décourage pas : « J'ai toujours mieux aimé la vertu sans noblesse que la noblesse sans vertu. Bannissez de votre esprit les inquiétudes et les soucis que vous donne à toute heure la mémoire de votre enfance; si c'était une tache '^, vos rares qualités l'ont bien effacée. » — 2° La conversion au christianisme et le martyre du prince de Thunes. — Ormisinde et Alfonse s'engagent mutuellement leur foi.
Livre IV. — On raconte longuement les exploits de D. Pelage, roi des Asturies, contre les Maures, et sa douleur quand les infidèles lui enlèvent la princesse Godioze.
Livre V. — Toujours désespéré, D. Pelage allège sa douleur en racontant l'histoire de son amour pour la princesse Ciodioze. Il s'est efforcé, puisque sa bassesse lui défendait
1. Voyez acte V, scène iv. '.i. C'est une tache chez Corneille
2. Cette reconnaissance, mal expliquée, aux yeux des comtes et môme des et mal préparée, est expédiée en une reines. Voyez les vers 46, 1565, 1026, page, mais l'autour y reviendra.
de prétendre jamais à sa main, d'acquérir au moins son estime par ses grandes actions. Au moment de combattre il s'adresse à lui-même un discours qui a tout l'air (le style à part) d'un monologue de Corneille : « Prends garde à n'entreprendre rien de bas... Penses -tu bien satisfaire aux mouvements de ton illustre amour avec des actions communes?... Non, non, si tu veux que ton amour subsiste, donne-lui de quoi s'appuyer, et cherche cet appui dans ta valeur, que tu ne saurais pas trouver dans ta honteuse fortune... » Il emporte d'assaut Tanger, pénètre le premier par la brèche, et l'armée chrétienne y pénètre à sa suite K Son retour est glorieux, mais il se défend d'aimer en lieu si haut : « J avoue que la princesse a des qualités merveilleuses, et qu il serait malaisé de voir jamais en un même sujet tant de grâces et de beautés assemblées; mais n est-il pas vrai que pour oser l'aimer, outre la naissance qui doit égaler la sienne, il faut avoir des vertus approchantes de celles qu'on admire en elle ? » Puis il avoue son amour : « Oui, j'aime la princesse; mon aveuglement est venu jusqu'à ce point, malgré la bassesse de ma fortune; mais qui pourrait la voir sans l'aimer? N'est-il pas vrai que la nature fit un effort pour la produire elle seule avec tous les ornements quelle partage à toutes les autres; que le Ciel s'est plu d'enrichir sa belle âme de lumières et -de grâces toutes particulières, et qu'on ne voit point au reste de ses créatures, et qu'enfin c'est le chef-d œuvre le plus rare et le plus merveilleux que plusieurs siècles aient su produire... 2? » De son côté, Godioze se plaint de la Providence, qui donne aux uns les vices de l'âme avec la grandeur de la naissance, aux autres une âme illustre avec une fortune basse. (Il y a là entre Godioze et Asphalie des entretiens qui rappellent ceux de D. Isabelle et de Blanche; d'autre part, Godioze croit Théobalde amoureux d'Asphalie, d'où des dialogues assez semblables à ceux de D. Isabelle et de Carlos, suspect d'aimer D. Elise.)
Quand Godioze apprend indirectement l'amour de Théobalde, elle s'en offense d'abord. Elle s'apaise quand il sauve la vie à son frère Roderic, menacé par une conjuration. Mais une fâcheuse aventure semble renverser la fortune du
1. Corneille a fondu en un seul 2. Voir acte II, scène ii, etc. »dcu.K récits.
favori. Ici, Théobaldo fait lui-même le récit qui avait déjà été fait indirectement au troisième livre :
« Un jour que jetais devant 1 entrée du palais royal, au milieu d Une foule de courtisans qui suivaient ma faveur, un vieux paysan m envisagea de loin, et, fendant la presse, se vint jeter à mon col, les yeux baignés de larmes. On le voulut repousser; mais il s'attacha si fermement à moi, qu à moins de le mettre en pièces, il n était pas possible de l'en arracher. Bien que cette nouveauté me surprît, si est-ce que mon étonnement ne fut pas si grand que celui des autres. Je connus aussitôt d'où procédait sa tendresse; je connus, dis-je, que c'était Hipparque, ce bon vieillard qui m'avait nourri parmi ses autres enfants, et que j estimais alors mon père. Ainsi j'empêchai qu'on ne l'outrageât: et ce bon homme, reprenant haleine : « O mon fils, s'écria-t-il, est-ce vous? est-il possible que je vous trouve environné de tant de pompe ? O mon 111s, ne me rebutez point, ne refusez point de me reconnaître, souffrez que j'achève à vos pieds le reste de mes jours; je suis votre père, le sang ne vous émeut-il point? Mon fils, souffrez que je vous embrasse. » J interrompis à même temps ce bon vieillard, et, contre l'opinion de tous les assistants, qui s'imaginaient que j'allais le désavouer et possible le maltraiter : « Oui, mon père, lui dis-je en le baisant, je vous reconnais. » A peine eus-je proféré ces trois ou quatre mots que la confusion me ferma la bouche. »
Craignant le courroux de Godioze, lorsqu'elle apprendra qu'il est le fils d'un misérable laboureur et qu il a passé ses premières années « dans une obscure et honteuse nécessité ». il quitte Tolède. Cependant, le vieillard Hipparque se fait reconnaître d'Oronte, des mains de qui sa femme avait reçu Théobalde pour le nourrir. C'est la seconde reconnaissance de l'acte Y ': mais Corneille n en a pris que l'idée; tous les détails qu il imagine sont différents de ceux qu'a imaginés le sieur de Juvenel : il suffit d observer que le vieillard, dans le roman, loin d'être prisonnier, prend linitiativc d une double révélation près d Oronte (D. Raimond) et de la reine Benilde (D. Léonor). D ailleurs, il sait qu'il n'est pas le père de Théobalde, et cela suffirait à changer le caractère du coup
1. On la trouvera dans lo Corneille des Grands Écrmiiiis^ t. V, p. 489.
de théâtre qui tait reconnaître en celui-ci le prince doni Pelage. Chacun admire le prodigieux changement de la fortune de Théobalde. Mais, rappelé sans être instruit de rien, celui-ci revient avec confusion. Reconnaissance, larmes, baisers maternels, promesse de la main de Godioze. Mais l'invasion des Maures suspend leur union.
Livres YI, YII et YIII. — Série d aventures qui ne semblent plus avoir rien de commun avec Don Sanche. Godioze délivrée raconte ses malheurs. Triple mariage : Pelage et Godioze, Alfonse et Ormisinde, Cratile et Asphalie.
On le voit, à ce roman médiocre et confus Corneille a pris autre chose que « la double reconnaissance qui finit le cinquième acte » : lanalysedes sentiments de ce soldat d aventure, qui se sent « généreux » par lame et croit ne pas l'être par la naissance, son amour pour une princesse dont il se juge indigne, ce sont là des traits qui n'étaient pas dans le modèle espagnol. On ne s'en était point assuré jusqu'à présent, du moins en France. Désireux de rapprocher la comédie espagnole du roman français, je l'ai cherchée sans grand espoir, je l'avoue, car M. Marty-Laveaux, animé du même désir, déclare avoir vainement parcouru les bibliothèques de Paris et n'avoir rien découvert, malgré les recherches les plus persévérantes. Ce qui releva mon courage, ce sont les assurances que me donna l'un des hommes les plus au courant des choses d'Espagne, M. Mérimée, professeur de langue et de littérature espagnoles à la Faculté des lettres de Toulouse. A ma connaissance, me disait-il, El Palacio confuso a été publié au moins cinq fois, dont trois antérieurement à 1651.
1° Parte veintiocho de Comedias de varias autores. por P. Bluson, impresor de la Universidad, aîîo de 1634. Huesca, A cosla de Pedro Escuez, mercader de libros, 8°.
2» Autre édition du précédent, formant le tome 28 des Extravagantes de Lope. Zaragoza, 1639, in-4.
3"^ Parte 24 {veinticuairo) de las comedias de Lope de Vega; Madrid, 1640, in-4.
4" Une suelta on isolée citée par la Barrera, dans la Bio~
graphie de Lope (Obrus de Lope de Vcga de la Real Academia, t. I, p. 461).
50 Parte veintiocho de comedias nues'as de los mejores ingénias de esta coj-te, par Joseph Fernandez, de Buendia. Madrid, 1667, in-4.
Quelques-unes de ces éditions étaient mentionnées dans la Bibliographie cornélienne de M. Picot, publiée quatorze ans après le Corneille de M. Marty-Laveaux; mais, lui non plus, M. Picot ne les avait pas tenues entre les mains, et c est à tort qu il donne lédition de 1639 pour la première. Plusieurs jours de loisir soffrant à moi. j essayai d'être plus heureux. Je ne trouvai rien à la Bibliothèque ?salionale. Mais à l'Arsenal je découvris un volume portant au dos :
COMEDIA DE YEGA
Le titre général manquait, mais la a licencia » de la première page était datée de Huesca, 6 avril 1633. De la page 65 à la page 88 s'étendait une pièce qui portait ce titre particulier :
EL PALACIO GONFUSO