‹ Don Sanche d'AragonChapitre 107 sur 111 · PORCIA · texte numérisé non relu

PORCIA

El code pôpeyo Un noble Carlos Yarlovexto 1*]xrico

El ex. A.

Un Goverxadoh

Arxesto

Un Secretario

Lis.\hdo,labradop.-.

1. C'est le uom de l'acteur i)riacipal. Le volume est un in-'t'^ de 251 pages.

MM. de Bornicr et Bonnefon, avec une obligeance dont je garde le souvenir, voulurent bien me confier le précieux A'olume : je le confiai à mon tour à mon ami M. Maurice Roques, professeur au lycée Condorcet; c'est à lui que je dois l'analyse, les citations et traductions qui vont suivre.

« Au début de la pièce de Lope de Vega, Livio, arrivant à Palerme, a trouvé la ville en fête. Son ami Floro lui explique que la reine Matilde doit en ce jour, suivant la coutume •établie autrefois par les Normands, choisir un époux parmi ses sujets, nobles ou plébéiens. Le roi Edouard, oncle de Matilde, avait eu deux fils jumeaux; mais la reine, dans la «rainte de rivalités entre les deux frères, avait fait disparaître l'un d'eux dès sa naissance et l'avait confié secrètement à un paysan. Le roi, qui pratiquait l'astrologie, ayant cru lire dans les astres que son autre fils serait un cruel tyran, l'avait fait jeter dans la mer, enfermé dans un coffre.

Lareino, accompagnée de sa confidente Porcia, vientprendre place sur son ti'ône. Le duc Federico, le comte Pompeyo, un noble sont assis sur un banc à sa gauche. Les autres personnages sont debout à droite. Un soldat de fortune, accompagné de son valet Varlovento i, qui est le gracioso de la pièce, veut s'asseoir avec les nobles, qui le repoussent. C'est à cette scène que Corneille a emprunté, ainsi qu'il le dit dans V Examen de sa pièce, ce qu'a de fnstueux son premier acte. Mais ses emprunts se réduisent à très peu de chose. A part cette situation romanesque d'une reine qui doit choisir un époux et dont les préférences vont à un brave guerrier sans naissance, Corneille n'a pris à Lope que ce beau mouvement :

Eh bien, seyez-vous donc, marquis de Santillane,

Comte de Penafiel, gouverneur de Burgos.

Don Manrique, est-ce assez pour faire seoir Carlos ?

Mais combien il est plus vif, plus passionné et plus castillan, par la pompe et l'emphase, que le modèle espagnol :

«Assieds-toi, Carlos, car je t'anoblis Sois marquis de

Terranova. »

On peut rappeler encore quelques vagues réminiscences. La reine, qui déclare (acte I, se. ii) qu'elle s'impose la plus -dure des gênes, abrège les plaintes de Matilde.

1, Terme tic marine qui signifie le lieu d'oîi souffle le vent.

« Certes, comte Pompée, cette cérémonie est barbare autant que pénible. La femme, dont la faiblesse est, par nature, modeste et pudique, doit se contraindre ici à dire publiquement qui il lui plaît de se donner pour maître! 0 loi importune, ceux-là seuls peuvent te suivre qui ignorent la politesse! »

Le débat s'engage à peu près de la même mauière dans 1 une et l'autre scène :

Corneille :

Tout beau, tout beau, Carlos! doù vous vient cette audace?

Lope :

« Il n'y a point ici de place pour vous, soldat! C'est de l'autre côté qu'il faut vous tenir. »

Et un peu plus loin :

Corneille :

Un soldat bien remplir une place de comte!

— Seig-neur, ce que je suis ne me fait point de honte;

Depuis plus de six ans il ne s'est fait combat

Qui ne m.'ait bien acquis ce grand nom de soldat

On ni'appelle soldat, je fais gloire de l'être.

Se pare qui voudra du nom de ses aïeux : Moi, je ne veux porter que moi-même en tous lieux; Je ne veux rien devoir à ceux qui m'ont fait naître. Et suis assez connu sans les faire connaître. Mais, pour en quelque sorte obéir à vos lois, Seigneur, pour mes parents je nomme mes exploits : Ma valeur est ma race et mon bras est mon père.

Lope :

« Si vous avez su m'appeler soldat, comte, comment ne savezvous pas que je suis noble ? Le premier soldat venu peut à l'occasion acquérir noblesse et blason honoré : que sera-ce donc d'un vaillaiit soldat tel que moi ? Les plus grands hommes sont fils de leurs œuvres : et puisque les miennes sont telles, je ne veux point de votre blason. Je suis maintenant le fils de mes pensées, et si noble que j'élève jusqu'aux cieux, au-dessus de la région des vents, l'édifice de mes rêves. C'est la valeur qui fait les nobles et point n'est besoin d'autre examen, que de considérer comment l'homme agit, sans rechercher comment il est né. »

Le Carlos de Corneille raconte sobrement ses exploits; il a sauvé l'étendard de Castille, il est monté le premier sur les murs de Sévillc, comme celui de Lope a planté le drapeau 1 sur les remparts de Casano ; et comme celui-ci rappelle fièrement qu'il a eu pour témoins de ses vaillantes prouesses ceux qui aujourd hui lui refusent le droit de s asseoir, le nôtre s'écrie : j

Tel me voit et m'entend et me méprise encore

Qui gémirait sans moi dans les prisons du More. ■

Mais Corneille a supprimé tout le récit de l'enfance du j héros (qui peut se dire fils de la mer comme Yénus!) et celui \ du combat victorieux qu'il livra à une sorte de Goliath calabrais, le tout d un style empanaché d'étonnantes métaphores. * Les turlupinados, souvent plaisantes, du bouffon Yarlovento, qui donnait du courage à son maître avec le contenu de son bissac, et qui lui fabrique une généalogie burlesque, ont j également disparu. Corneille n'a gardé que les plaintes des nobles :

Oui mais ce rang- n'est dû qu'aux hautes dignités; !

Tout autre qu'un marquis ou comte le profane.

Lope :

« Madame, si votre Altesse ne garde pas les droits des hommes de qualité, elle décourage et annihile la noblesse de ce royaume. »

Il y a aussi quelque ressemblance entre ces vers : '

Il (le roi) se fût acquitté do ce qu'il vous devait i

Et moi, comme héritant son sceptre et sa couronne, ]

Je prends sur moi sa dette, et je vous la fais bonne; |

et ce passage de Lope : !

« Je n'hériterais pas des dettes du roi mon oncle.'... ISoii seule- i ment je puis, mais je dois, pour être juste, donner à un brave ' soldat la récompense qu'Edouard lui eût accordée, s'il eût vécu, i Ainsi, quoique ce siège vous appartienne (à vous, Duc), c'est moi ; qui garantis son honneur. Acceptez pour cette fois cette garantie : passez à ce banc, marquis. » '

Le poétique rameau fleuri que la reine remet à Carlos est I devenu dans Corneille une simple bague; mais ici au lieu de : réserver ce prix à son vainqueur, il garde le rameau pour lui.

« Donne loi-mème ce rameau fleuri à l'homme qui doit régner et vaincre : ainsi la honte ne me donnera plus de nouvelles couleurs 1.

— Madame, donneras-tu la main à celui à qui je doimerai ces fleurs ?

— Oui.

— Eh bien que tous sachent maintenant que l'homme qui les mérite, le seul qui en soit dig-ne, c'est le marquis.

— Quel marquis.'

— Moi. C'est à moi-même que je les donne. Roi pour l'oi, que Carlos le soit. »

A partir do ce niomout, Corueille revient à linlrigue assez compliquée qu'il expose dans son argument, et renonce à suivre la fable plus amusante que vraisemblable de l'auteur espagnol, que l'on peut résumer ainsi.

Le nouveau roi se révèle tout d'abord comme un despote vindicatif. Il exile en bloc toute la noblesse qui a voulu s'opposer au choix de la reine, et celle-ci ne tarde pas ii s apercevoir qu'elle s'est donné un maître. Elle s'avise alors, de concert avec le comte Pompée, d'un artifice qui va, pour aious servir d'une expression de Corneille, ériger Carlos en roi de comédie. Le comte amène un paysan du nom de Enrico, qui ressemble trait pour trait à Carlos. La seule différence ^st un signe sur la main. Il est convenu que ce ménechme de Carlos jouera son rôle quand le roi sera endormi. Il s occupera à défaire au gré de la reine tout ce que Carlos .îiura commandé ou ordonné. Il rappelle les nobles, désarme le peuple, révoque le secrétaire, le capitaine des gardes, et le gouverneur, qu'il remplace par Otavio, le Comte et le Duc; et déclare que s'il paraît, dans la suite, vouloir revenir sur ces actes et prendre des mesures de rigueur, on ne <levra tenir aucun compte de ce changement. Ajoutons que l^nrico aime Elcna, suivante de la reine, et que Carlos recherchait Porcia. On voit dès lors les complications de toute sorte, les contradictions étourdissantes, les bizarres quiproquos produits par l'apparition et la disparition successive des deux rois, jusqu'au moment où la reine juge que la punition de Carlos, qu'elle aime malgré tout, a suffisamment •duré. Rappelons pour mémoire les mésaventures de Varlo-

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