Cette partie ainsi liée n'est pas imaginaires
un jeu. Voyez acte I. se. V, comment 7. C'est ce que déjà lui reprochait
Don Alvar << lie la partie » avec Carlos. Aristophane, dans les Grenouilles et
W. l'iloijnlile n'est i)lus employé au- ailleurs. Corneille aime pou les héros
jourd'hui que dans une acception défa- qui mendient les larmes.
mais cette crainte n'a sa source que dans l'intérêt que nous prenons d'ordinaire à ce qui touche le premier acteur, et se peut ranger inter communia utriusque dramatis, aussi bien que la reconnaissance qui fait le dénoùment de cette pièce. La crainte tragique ne devance pas le malheur du héros, elle le suit; elle n'est pas pour lui, elle est pour nous; et se produisant par une prompte application que la vue de se& malheurs nous fait faire sur nous-mêmes, elle purge en nous les passions que nous en voyons être la cause. Enfin je ne vois rien en ce poème qui puisse mériter le nom de tragédie, si nous ne voulons nous contenter de la définition qu'en donne Averroès ^, qui l'appelle simplement « un art de louer ». Ence cas, nous ne lui pourrons dénier ce titre sans nous aveugler volontairement, et ne vouloir pas voir que toutes ses parties. ne sont qu'une peinture des puissantes impressions que les rares qualités d'un honnête homme ^ font sur toutes sortes d'esprits, qui est '■^ une façon de louer assez ingénieuse et hors du commun des panégyriques. Mais j'aurais mauvaise grâce de me prévaloir d'un auteur arabe, que je ne connais que sur la foi d'une traduction latine ; et, puisque sa paraphrase abrège le texte d'Aristote en cet article, au lieu de l'étendre, je ferai mieux d'en croire ce dernier, qui ne permet point à cet ouvrage de prendre un nom plus relevé que celui de comédie. Ce n'est pas que je n'aie hésité quelque temps, sur ce que je n'y voyais rien qui pût émouvoir à rire. Cet agrément a été jusqu'ici tellement de la pratique de la comédie, que beaucoup ont cru qu'il était aussi de son essence; et je serais encore dans ce scrupule, si je n'en avais été guéri par votre Heinsius, de qui je viens d'apprendre heureusement que Movere risum non constituit comœdiam, sed plehis aucupium est, et abusas ^. Après
1. Ce philosophe et médecin arabe en ce sens dans VExainen. Voyez notre est né à Cordoue et mort ù Maroc édition du Menteur, 69.
dans les dernières années du xii^ siècle. .3. Qul^ est, ce qui est.
Il est envisagé ici comme auteur d'un 4. « Émouvoir le rire ne constitue
commentaire encyclopédique sur Aris- pas la comédie : c'est l'amusement,
tote, où il est philosophe d'ailleurs au- c'est la nourriture de la foule. » [Ad
tant qu'érudit ; mais une partie des Iloralii de Plauto et Tereiuio judicium
docteurs du moyen âge virent en lui D/ssc;rr/u'«.) Daniel Heinsius (1580-1665)
le plus redoutable des incrédules. On avait aussi écrituntraité/)e co/î.çfi^dn'o'fe
a un bon travail d'Ernest Pienan sur tragica secunduin Aristotelem, 1611. Ce
Averroès et l'averroïsrae. livre, qui réduisait considérablement
2. Honnête homme, ce mot reviendra les commentaires de Scaliger, rendi t
Taulorité d'un si griind homme, je serais cou2:)able de chercher d'autres raisous, et de craindre d'être mal fondé à soutenir que la comédie se peut passer du ridicule. J'ajoute à celle-ci l'épithète de héroïque, pour satisfaire aucunement ^ à la dignité de ses personnages, qui pourrait sembler profanée par la bassesse d'un titre que jamais on n'a appliqué si haut. Mais, après tout, Monsieur, ce n'est qu'un intérim, jusqu à ce que vous m'ayez appris comme j'ai dû l'intituler. Je ne vous l'adresse que pour vous l'abandonner entièrement; et si vos Elzéviers 2 se saisissent de ce poème, comme ils ont fait de quelques-uns des miens qui l'ont précédé, ils peuvent le faire voir ^ à vos provinces sous le titre que vous lui jugerez plus convenable, et nous exécuterons ici l'arrêt que vous en aurez donné. J'attends de vous cette instruction avec impatience, pour m'afifermir dans mes premières pensées, ou les rejeter comme de mauvaises tentations : elles flotteront jusque-là ; et si vous ne me pouvez accorder * la gloire d'avoir assez appuyé une nouveauté,
Heinsius populaire en France parmi les lettrés de la première partie du siècle. Il y revendiquait les droits et même la liberté des poètes contre les règles trop étroites. Dans son Examen de Polyeucte, Corneille parle avec admiration du « célèbre Heinsius », de son traité et aussi de sa tragédie latiae, Htrodes infanticida, et il y revient dans l'avis Au lecteur du Menteur, à propos de la querelle qui avait divisé long:temps Heinsius et Balzac, et où M. de Zuylichem était vainement intervenu.
En le combattant, Balzac écrivait :
a Je sais qu'il est le docteur de notre eiècle et qu'il le sera de notre postérité ; je ne dis pas que j'ai de l'estime, ce terme est inférieur à notre sentiment, mais j'ai une espèce de dévotion pour tous ses ouvrages. »