‹ Don Sanche d'AragonChapitre 12 sur 111 · Aucunement, en quelque façon · texte numérisé non relu

Aucunement, en quelque façon

Nicot (1606) le traduit quodammodn.

Voir notre édition du Menteur, 654.

— « Bien qu'il y ait de grands intérêts d'Etat dans un poème, et que le soin qu'une personne royale doit avoir de sa gloire fasse taire sa passion, comme en Don Sanche, s'il ne s'y rencontre point de péril de vie, de pertes d'Etats, ou de bannissement, je ne pense pas qu'il ait droit de prendre un nom plus relevé que celui de comédie ;

mais pour répondre aucunement à la dignité des personnes dont celui-là représente les actions, je me suis hasardé d'y ajouter l'épithète d'héroïque pour le distinguer des comédies ordinaires. Cela est sans exemple parmi les anciens. » (Corneille, Discours du poème dramatique.) « Ces lignes ne sont-elles pas admirables de scrupule, de bonhomie, de prudhomie, et, vers la fin, de naît" contentement de soi ? Et, ce qui est plus singulier, Corneille, que nous verrons, dans ses deux autres Discours, s entêter à respecter les règles les plus douteuses et les plus sibyllines posées par Aristote, invente ici tout un genre inconnu de l'antiquité (du moins, il croit l'inventer, car on avait fait des « comédies héroïques ))avantZ>o«5a/ic/je), — et il s'en montre fier! (Juel divertissant mélange de timidité et de hardiesse , d'humilité et d'orgueil ! »

(J. Lemaître, Corneille et la Poétique d'Aristote.)

2. Dans l'avis Au lecteur, en tête du Menteur, Corneille mentionne une édition de cette pièce imprimée chez les Elzéviers, à Lcyde.

li. Vau. (165.3) : ils le peuvent faire voir.

'i. Var. (1650, in-S") : et si vous ne pouvez m'accorder

vous me laisserez du moins celle d'avoir passablement détendu un paradoxe. Mais quand même vous m'ôterez * toutes les deux, je m'en consolerai fort aisément, parce que je suis très assuré que vous ne m'en sauriez ôter une qui m'est beaucoup plus précieuse ; c'est celle d'être toute ma vie,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Corneille.

1. C'est le lexte de toules les édi- est toujours d'un agrément qui ne se

tions publiées du vivant de Corneille, peut comparer à nul autre, quand même

M"" de Sévigné écrit à Bussy (2 sept. votre cœur n'est pas de la partie. » 1687) : « Tout ce que vous touchez

Don Fernand, roi d'Aragon, chassé de ses États par la révolte de D. Garcie d'Ayala, comte de Fuensalida, n'avait plus sous son obéissance que la ville de Gatalaïud et le territoire des environs, lorsque la reine D. Léonor, sa femme, accoucha d'un fils, qui fut nommé D. Sanche, Ce déplorable prince, craignant qu'il ne demeurât exposé aux fureurs de ce rebelle, le fit aussitôt enlever par D, Raymond de Moncade, son confident, afin de le faire nourrir secrètement. Ce cavalier, trouvant dans le village de Bubierca la femme d'un pêcheur nouvellement accouchée d'un enfant mort, lui donna celui-ci à nourrir, sans lui dire qui il était; mais seulement qu'un jour le roi et la reine d'Aragon le feraient Grand lorsqu'elle leur ferait présenter par lui un petit écrin, qu'en même temps il lui donna. Le mari de cette pauvre femme était pour lors à la guerre, si bien que, revenant au bout d'un an, il prit aisément cet enfant pour sien, et l'éleva comme s'il en eût été le père. La reine ne put jamais savoir du roi où il avait fait porter son fils ; et tout ce qu'elle en tira, après beaucoup de prières, ce fut qu'elle le reconnaîtrait un jour quand on lui présenterait cet écrin où il aurait mis i leurs deux portraits, avec un billet de sa main et quelques autres pièces de remarque - ; mais, voyant qu'elle continuait toujours à en vouloir savoir davantage, il arrêta sa curiosité tout d'un coup, et lui dit qu'il était mort. Il soutint après cela cette malheureuse guerre encore trois ou quatre ans, ayant toujours quelque nouveau désavantage, et mourut enfin de déplaisir •* et de fatigue, laissant ses affaires désespérées, et la reine grosse, à qui il conseilla d'abandonner entièrement l'Aragon et se réfugier en Gastille : elle exécuta ses

1. Var. (1G50, in- 12, 1C54-1CJ6) : où .3. Sur le sens du mot déplaisir vov. il avait mis. la p. 29, note 4, de la lettre à M. de

2. Pièces dignes de rcmarciue, pic- Zuylichem. ces de marque.

ordres, et y accoucha d'une fille nommée D. Eivire, qu'elle y éleva jusqu'à l'âge de vingt ans. Cependant le jeune prince D. Sanche, qui se croyait fils d'un pêcheur, dès qu'il en eut atteint seize, se dérobe de ses parents et se jette dans les armées du roi de Castille, qui avait de grandes guerres contre les Maures i ; et, de peur d'être connu 2 pour ce qu'il pensait être ^, il quitte le nom de Sanche qu'on lui avait laissé, et prend celui de Carlos. Sous ce faux nom, il fait tant de merveilles, qu'il entre en grande considération auprès du roi D. Alphonse, à qui il sauve la vie en un jour de bataille ; mais comme ce monarque était près de le récompenser, il est surpris de la mort, et ne lui laisse autre chose que les favorables regards de la reine D. Isabelle, sa sœur et son héritière, et de la jeune princesse d'Aragon, D. Eivire, que l'admiration de ses belles actions avait portées toutes deux jusques à l'aimer *, mais d'un amour étouffé par le souvenir de ce qu'elles devaient à la dignité de leur naissance. Lui-même avait conçu aussi de la passion pour toutes deux, sans oser prétendre à pas une, se croyant si fort indigne d'elles. Cependant tous les grands de Castille ne voyant point de rois voisins qui pussent épouser leur reine, prétendant à l'envi l'un de l'autre à son mariage, et étant près de former une guerre civile pour ce sujet, les Etats du royaume la supplient de choisir un mari, pour éviter les malheurs qu'ils en prévoyaient devoir naître. Elle s'en excuse comme ne connaissant pas assez particulièrement le mérite de ses prétendants, et leur commande de choisir a eux-mêmes les trois qu'ils en jugent les plus dignes, les assurant que, s'il se rencontre q uelqu'un entre ces trois pour qui elle puisse prendre quelque inclination, elle l'épousera. Ils obéissent, et lui nomment D. Manrique de Lare, D. Lope de Gusman, et D. Alvar de Lune, qui, bien que passionné pour la princesse D. Eivire, eût cru faire une lâcheté, et offenser sa reine, s'il eût rejeté l'honneur qu'il recevait de son pays par cette nomination. D'autre côté 6^ les Aragonais, ennuyés "^ de la tyrannie de D. Garcie et de D. Ramire, son fils, les chassent de Saragosse, et, les ayant assiégés dans la for-

1. « L'impression de 1650 in-4° donne 4. Var, (1650, in-S") : jusqu'à l'aiseule ici Mores. Dans les vers de la mer.

pièce, où le mot revient plusieurs fois, 5, Var. (1650, in-4" et in-8") : cl

certaines éditions donnent Maures , leur commande choisir,

d'autres Mores. De 1663 ù 1692 aucune 6. D'autre côté pour d'un autre càlc '

n'a constamment partout la mèmeortho- j,^,^.;, ^^^^ -^-^^ ^j -^ gg,..,i, j^,,„„^

graphe pour ce mot. » (Marty-Laveaux.) Qu'awfre bras que le mien purtât le premier

2. Connu pour reconnu ; très fréquent [coup. alors en ce sens : {Pompée, 160.)

Aussitôt qu'il me voit, il daigne me con- T. On verra dans le cours de cette

[nattre. pièce, par divers exemples, combien

(Pompée, vm.) ^,^^^ affaibli, depuis Corneille, le sen&

3. L'édition de 16o0 ia-8» donne : jj.^ ^^^^ ^„,„„-^ eiminjer. connu ce qu'il pensait être.

teresse de Jaca, envoient des députés à leurs princesses, réfu- ,

g-iées 1 en Castille, pour les prier de revenir prendre possession !

d'un royaume qui leur appartenait. Depuis leur départ, ces deux 1

tyrans ayant été tués en la prise de Jaca, D. Raymond, qu'ils y tenaient prisonnier depuis six ans, apprend à ces peuples que D. Sanche, leur prince, était vivant, et part aussitôt pour le ]

chercher à Bubierca, où il apprend que le pêcheur, qui le croyait j

son fils, l'avait perdu depuis huit ans, et l'était allé chercher en '

Castille, sur quelques nouvelles qu'il en avait eues par un soldat qui avait servi sous lui contre les Maures. Il pousse aussitôt de ce côté-là, et joint les députés comme ils étaient près d'arriver. C'est par son arrivée que l'aventurier Carlos est reconnu pour le prince D. Sanche; après quoi la reine D, Isabelle se donne à lui, du consentement même des trois que ses États lui avaient nommés; et D. Alvar en obtient la princesse D. Elvire, qui, par cette reconnaissance, se trouve être sa sœur.

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