Var. (1650, ia-8°) : à leurs princesses, en Castille
Cette pièce est toute d'invention, mais elle n'est pas toute de la mienne. Ce qu'a de fastueux i le premier acte est tiré d'une comédie espagnole, intitulée el Palacio confuso-; et la double reconnaissance qui finit le cinquième est prise du roman de D. Pelage. Elle eut d'abord grand éclat sur le théâtre; mais une disgrâce particulière fit avorter toute sa bonne fortune. Le refus d'un illustre suffrage -^ dissipa les applaudissements que le public lui avait donnés trop libéralement, et anéantit si bien tous les arrêts que Paris et le reste de la cour avaient prononcés en sa faveur, qu'au bout de quelque temps elle se trouva reléguée dans les provinces, où elle conserve encore son premier lustre.
Le sujet n'a pas grand artifice. C'est un inconnu, assez honnête homme '■* pour se faire aimer de deux reines. L'inégalité des conditions met un obstacle au bien qu'elles lui veulent durant quatre actes et demi; et quand il faut de nécessité finir la pièce, un bon homme semble tomber des nues -J pour faire développer 6 le secret de sa naissance, qui le rend mari de l'une, en le laissant reconnaître pour frère de l'autre :
Hœc eadem a summo exspectes minimoque poeta 1.
1. De fastueux, d'un peu trop éclatant, à l'espagnole. Corneille, pourtant, ne hait pas le « pompeux ».
2. El Falacin confuso est attribué par les uns à Mira de Mescua; par les autres, à Lope. Dom Pelage, ou l'entrée des Maures en Espagne est un roman du sieur de Juvenel, publié ù Paris chez Guillaume Macé,1645,2 vol.
in-8°. L'arrivée imprévue du vieillard et la reconnaissance du 5^ acte sont empruntés en partie à ce dernier livre. Voltaire demande assez plaisamment pourquoi Corneille va choisir une comédie espa},'nole, un roman espagnol (le sujet seul l'est) pour ses modèles au lieu de choisir dans l'histoire romaine et dans la fable grecque. M. Deschanel, qui voit ces modèles cités ]>ar Voltaire, et qui n'a pas lu, sans doute, VExamen de Corneille, écrit : « Corneille, (jui indique ordinairement ses sources, n'a point indiqué celles-là. »
3. Voyez l'Introduction. Corneille avait dédié Eodogiine à Condé. Il lui disait, dans l'Epître dédicatoire : « C'est à votre illustre suffrage qu'elle est obligée de tout ce qu'elle a reçu d'applaudissement. »
4. C'est-à-dire, comme on le verra par la pièce tout entière, que malgré sa naissance inconnue, il a laissé de— A'iner, par la distinction de ses manières et par sa bravoure, qu'il était de sang généreux. « Je lui trouvai l'air d'un honnête homme, je veux dire d'un homme qui a de la naissance. » (Marivaux, le Paxjsan parvenu.) Voir notre édition du Menteur, 69.
.5. Voir la note du vers 1580.
6. Développer, c'est expliquer, c'est-àdire déployer, débrouiller, ouvrir et dérouler une chose enveloppée.