‹ Don Sanche d'AragonChapitre 3 sur 111 · Al/régè de l'hisluire du ihèàtre français · texte numérisé non relu

Al/régè de l'hisluire du ihèàtre français

c<î roman dramatique de paraître dangereux pour la sûreté de 1 État?

Quoi qu'on fasse, on a peine à s'expliquer et la vogue dont jouit Don Saiiche au xviii^ siècle, et le discrédit où il est tombé depuis. Au temps de Voltaire ^, on était fort loin de la Fronde, et, seul, l'intérêt romanesque du drame subsistait. Mais il semble précisément que ce drame, à mesure qu'on s approchait de notre époque troublée, devait avoir un regain de popularité. Or, sous Louis XYI, sous la Révolulion, sous le premier Empire, sous la Restauration -, Don Sanche n est pas représenté une seule fois !

Enfin, le romantisme fait explosion. Don Sanche va, semble-t-il, partager Iheureuse fortune des Hernani et des Ruy-Blas, ses proches parents. Point. Il se trouve un certain M. Planât, prudemment dissimulé sous le pseudonyme de Mégalbe, pour réduire le drame cornélien en trois actes ■^, et l'abréger de huit cents vers. Quatre cent vingt-sept vers de Corneille étaient respectés, cent deux étaient modifiés, cinq cent vingt-sept étaient composés de toute pièce *! 'SI. Planât était convaincu pourtant qu'il rendait service à Corneille. En 18o3, en 1837, en 1844, c'est l'œuvre de M. Planât qui fut reprise au Théâtre-Français. Elle eut sous cette forme, durant le règne de Louis-Pliilippe, 28 représentations, dont Corneille n eut vraiment pas lieu d être fier. Et pourtant, le 17 février 1844, Rachel jouait Isabelle. On nous assure qu'elle produisit peu d'effet dans ce rôle et que la pièce fut donnée 5 fois seulement. Xous n'avons point ^le peine à le croire : le drame entier n'avait plus de sens. Carlos ne s'y croyait plus llls d un pêcheur, il s'y savait prince, mais cachait volontairement sa condition et son nom.

I. Voltaire parle assez dédaigneuse- gicjuc... Il ne faut point transposer les

ment de Don Sanche : « Ce genre pure- bornes des arts : la comédie doit s'éle-

mcnt romanesque, dénué de tout ce ver, et la tragédie doit s'abaisser à

qui peut émouvoir, et de tout ce qui propos ; mais ni l'une ni l'autre ne doit

fait r.inie de la tragédie fut en vogue changer de nature. »

a\aat Corneille. Don Brinrird (Ifi Cfihrfid. 2. M. Guizot, dans Corneille et .'son

Lame persécutée, et plusieurs autres temps, critique encore la composition

pièces sont dans ce >;oùt ; c'est ce froide, l'intrigue « sans dignité » de

»|u'on appelait « comédie héroïque », Don Stmrlie.

genre mitoyen cjui peut avoir ses 3. Barba, llautecœur et Martinet,

beautés. » 11 est vrai que Voltaire vise 1833, ia-S». En 1844 parut une nou-

surtout la lingédie bourgeoise ou co- velle édition de la pièce remaniée, chez

médie larmoyante, « monstre né de lim- Tresse, in-8".

J)uissancc d'ctre ou plaisant ou tra- 4. l'icot. Bibliographie rorncliennc.

Or tout le drame de Corneille est dans cette erreur de Carlos, dans les brusques révoltes de sa fierté, dans les élans généreux d'une tendresse filiale qui s'égare. Si tout est connu d'avance, nous n'assistons plus qu'au récit plus curieux qu'émouvant d'une aventure banale.

Si l'on ne tient pas compte de ces dernières reprises, qui littéralement ont été les dernières, on doit constater ce fait incroyable : depuis plus d'un siècle, la scène française n'a pas revu Don Sanche.

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