D. ISABELLE. BLANCHE
D. ISABELLE
Blanche, as-tu rien connu d'égal à ma misère?
Tu vois tous mes désirs condamnés à se taire, 370
Mon cœur faire un beau choix sans l'oser accepter,
Et nourrir un beau feu sans l'oser écouter.
Vois par là ce que c'est, Blanche, que d'être reine :
Comptable de moi-même au nom de souveraine,
Et sujette à jamais du trône où je me voi, 375
Je puis tout pour tout autre, et ne puis rien pour moi.
0 sceptres! s'il est vrai que tout vous soit possible, Pourquoi ne pouvez-vous rendre un cœur insensible?
369. « Cette scène et toutes les longues dissertationâ sur l'amour et la fierté ont toujours un défaut; et ce vice, le plus grand de tous, c'est l'ennui. On ne va au théâtre que pour être ému... Les scènes suivantes de cet acte sont à peu près dans le même goût, et tout le nœud consiste à différer le combat annoncé, sans aucun événement qui attache, sans aucun sentiment qui inti-resse. » (Voltaire.) Plus loin, Voltaire ajoute avec un dédain ([ui passe vraiment les bornes : « Que dire d'un pareil galimatias ?
Il faut se taire et ne pas continuer d'inutiles remarques sur une pièce
qu'il n'est pas possible de lire. » Cet acte, assurément, ne vaut pas le premier; il est froid et souvent précieux; c'est peut-être le moins bon de la pièce. Mais il est curieux dans sa subtilité et rappelle les anciennes comédies de Corneille, (|ui en vante la » délicatesse » dans son Examen.
Voilà, voilà que c'est, Blanche, que d'être reine. (tCÏO-GO.)