‹ Don Sanche d'AragonChapitre 5 sur 111 · Timocraïc, IV · texte numérisé non relu

Timocraïc, IV

la vanité làclic du Glorieux, qui rougit de sou père et le fait rougir de lui :

J'entends : la vanité me déclare à genoux (ju'un père infortuné n'est pas digne de vous '.

Le caractère disabclle est au-dessus de ces petitesses; elle plaint Carlos, mais elle le loue.

Je vous tiens malheureux d'être né d'un tel pure ; Mais je vous tiens ensemble heureux au dernier point D'être né d'un Ici père, et de n'en rougir point.

Enfin la vérité se fait jour; en voulant prouver qu il est bien le père de Carlos, le vieillard prisonnier démontre le contraire : un coffret qu'il a entre ses mains révèle le secret de la naissance du vrai don Sanche, et Carlos doit enfin se rendre à l'évidence, lorsque don Ptaimond de Moncade, celuilà même qui 1 avait confié jadis à la femme du pécheur, le reconnaît pour sou maître. Isabelle voit enfin clair dans son cœur : celui qu'elle aimait ne pouvait être qu'un roi; elle le dit avec son fin sourire :

Je vous avais fait tort en vous faisant marquis.

Sûr désormais d'être aimé d'Isabelle, don Sancho peut pardonner aux comtes don Manrique et don Lopc ; pour don Alvar, le seul des prétendants qui ait honoré en lui « la vertu toute nue », il lui donne sa sœur Elvire. Le vieux Xugne, le pêcheur, qui sest longtemps cru le père du prince d'Aragon, ne sera pas oublié.

En lisant Don Sanche, on croit lire tantôt uue sorte de marivaudage cornélien, les Jeux de l'amour et du hasard écrits par l'auteur du Cid ; tantôt un de ces romans où la grandeur des événements miraculeux entraînait M"^*^ de Sévigné comme une petite fille, et où la perfection des sentiments remplissait son idée sur les belles âmes, car elle avait plaisir à y contempler la vertu héro'ique « dans son trône ». C'est qu il y a du précieux et du romanesque au fond de tous les drames cornéliens, et c'est pourquoi justement M'"c de Sévigné les préférait aux tragédies de Racine. Mais

1. Destouches, le Gloiicux, IV, T. tiiitic de M. Saint-Marc Girardin. Voyez le Cours de litléraliue dnima-

dans le Cid et dans Nicomède il y a autre chose, des caractères approfondis, une vérité que, sous le manteau castillan et sous la pourpre asiatique, l'homme de tous les temps n'a pas de peine à découvrir. Cette vérité humaine, il faut le reconnaître, ne brille ici qu'à de trop rares intervalles. Il ne faut pas trop l'y chercher, si l'on veut goûter pleinement Don Sanche. Mais aussi il n'est pas interdit de se plaire à un Don Sanche quand on sent toute la supériorité morale,, même dramatique, dun Polyeucte.

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