SCE^^E IV D. ISABELLE, D. MAXRIQUE, D. LOPE
D. ISABELLE
Comtes, je ne veux plus donner lieu qu'on murmure Que choisir par autrui c'est me faire une injure; Et, puisque de ma main le choix sera plus beau, Je veux choisir moi-même, et reprendre l'anneau. 860 Je ferai plus pour vous : des trois qu'on me propose, J'en exclus don Alvar; vous en savez la cause : Je ne veux point gêner un cœur plein d'autres feux, Et vous ôte un rival pour le rendre à ses vœux. Qui n'aime que par force aime qu'on le néglige; Et mon refus du moins autant que vous l'oblige. Vous êtes donc les seuls que je veux regarder : Mais, avant qu'à choisir j'ose me hasarder, Je voudrais voir en vous quelque preuve certaine Qu'en moi c'est moi qu'on aime, et non l'éclat de reine. L'amour n'est, ce dit-on, qu'une union d'esprits; Et je tiendrais des deux celui-là mieux épris
863. Gêner n'a pas ici toute rénergie de son sens primitif torturer, mais en a gardé quelfjue chose : cette situation, en effet, est déjà un vrai tourment ])Qur D. Alvar. Â'oyez le vers 94.