‹ Don Sanche d'AragonChapitre 74 sur 111 · ACTE III, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV

Que je me donne à vous pour vous déshonorer, 940

Que mon sceptre en vos mains porte quelque infamie ?

Si je suis jusque-là de moi-même ennemie,

En quelle qualité, de sujet, ou d'amant,

M'osez-vous expliquer ce noble sentiment?

Ah! si vous n'apprenez à parler d'autre sorte 945

D. LOPE

Madame, pardonnez à l'ardeur qui l'emporte; Il devait s'excuser avec plus de douceur.

?Sous avons, en effet, l'un et l'autre une sœur; Mais, si j'ose en parler avec quelque franchise,

[promise. 9r)0 A d'autres qu'au marquis l'une et l'autre est

D . ISABELLE

A qui, don Lope?

D. MANIIIQUE

A moi. Madame.

D. ISABELLE

Et l'autre?

D . LOPE

A moi.

D . ISABELLE

J'ai donc tort parmi vous de vouloir faire un roi.

xVllez, heureux amants, allez voir vos maîtresses;

Et, parmi les douceurs de vos dignes caresses.

N'oubliez ])as de dire à ces jeunes esprits 955

Que vous faites du trône un généreux mépris.

Je vous l'ai déjà dit, je ne force personne.

Et rends grâce à l'Etat des amants qu'il me donne.

D. LOPE

Ecoutez-nous, de grâce.

D . ISABELLE

Et que me direz-vous?

'J'46. Uon Lope, nous le savons tl<'jà. nurc que son frère Thomas jugeait,

est plus politique que don Manrique. il'après Chapelain, plus éh'-gante, et

050. En général. Corneille construit que Vauu'clas autorisait, ^'oir le vers

l'un et l'uiiuc avec le singulier, tour- 1252.

Que la constance est belle au jugement de tous ? 960 Qu'il n'est point de grandeurs qui la doivent séduire? Quelques autres que vous m'en sauront mieux instruire; Et, si cette vertu ne se doit point forcer, Peut-être qu'à mon tour je saurai l'exercer.

D . LOPE

Exercez-la, Madame, et souffrez qu'on s'explique. 905

Vous connaîtrez du moins don Lope et don Manrique,

Qu'un vertueux amour qu'ils ont tous deux j)our vous,

Ne pouvant rendre heureux sans en faire un jaloux.

Porte à tarir ainsi la source des querelles

Qu'entre les grands rivaux on voit si naturelles. 970

Ils se sont l'un à l'autre attachés par ces nœuds

Qui n'auront leur effet que pour le malheureux :

Il me devra sa sœur, s'il faut qu'il vous obtienne;

Et si je suis à vous, je lui devrai la mienne.

Celui qui doit vous perdre, ainsi, malgré son sort, 975

A s'approcher de vous fait encor son effort :

Ainsi, pour consoler l'une ou l'autre infortune,

L'une et l'autre est promise, et nous n'en devons qu'une.

Nous ignorons laquelle; et vous la choisirez.

Puisque enfin c'est la sœur du roi que vous ferez. 980

Jugez donc si Carlos en peut être beau-frère. Et si vous devez rompre un nœud si salutaire, Hasarder un repos à votre Etat si doux. Qu'affermit sous vos lois la concorde entre nous.

D . ISABELLE

Et ne savez-vous point qu'étant ce que vous êtes, 985 Vos sœurs, par conséquent, mes premières sujettes,

9C4. D. Isabelle, avec ses -rands 97G.

airs de fierté olVeiisée. s'amuse évi<lcm- Couime vous l"iiccii>ez. elle t'élit son effort

ment ici aux dépens de ses « amants » ^ rt-jclei- sur vous llioireur de cette raorl.

surpris. {Uodogune, 1797-98.)

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