‹ Don Sanche d'AragonChapitre 79 sur 111 · SCENE PREMIÈRE D. LÉONOR, D. MANRIQUE. D. LOPE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE D. LÉONOR, D. MANRIQUE. D. LOPE

D. MANRIQUE

Quoique l'espoir d'un trône et l'amour d'une reine Soient des biens que jamais on ne céda sans peine. Quoiqu'il lun de nous deux elle ait promis sa foi, Nous cessons de prétendre où nous voyons un roi. Dans notre ambition nous savons nous connaître; iiOr» Et, bénissant le ciel qui nous donne un tel maître. Ce prince qu'il vous rend après tant de travaux Trouve en nous des sujets, et non pas des rivaux : Heureux si l'Aragon, joint avec la Castille, Du sang de deux grands rois ne fait qu'une famille! il 10

Nous vous en conjurons, loin d'en être jaloux. Comme étant l'un et l'autre à l'Etat plus qu'à nous; Et, tous impatients d'en voir la force unie Des Mores, nos voisins, dompter la tyrannie. Nous renonçons sans honte à ce choix glorieux, 1115 Qui d'une grande reine abaissait trop les yeux.

llO't. Piétendip, absolument : de la résignation; c'est j)resciue niain-

,, . ■ r. 1 1 • • . j •» j tenant du patriotisme. Cette sérénité

Mais connais Puichene, et cesse de prétendre- ,....' ,

{Héraclius l'»2 ) désintéressée nous étonne un peu chez

le maussade D. Manrique. 11 songe, uu

MOT. Var. : Ou'il nous rend. (165.5.) peu tard, mais enfin il songe à l'cn-

Trintnif, peines, soullranccs, épreuves, uemi commun, aux Maures.

sens du latin laliores. Voyez notre édi- 1110. Qui faisait tondier trop bas le

lion d'Horaie, 194. choix de la reine. Voir les vers 40 et

1110. Ce n'était jusqu'à présent ([uc 41.

La générosité de votre déférence.

Comtes, flatte trop tôt ma nouvelle espérance : D'un avis si douteux j'attends fort peu de fruit; Et ce grand bruit enfin peut-être n'est qu'un bruit. 1120 Mais jugez-en tous deux, et me daignez apprendre Ce qu'avecque raison mon cœur en doit attendre. Les troubles d'xVragon vous sont assez connus; Je vous en ai souvent tous deux entretenus, Et ne vous redis point quelles longues misères 1125

Chassèrent don Fernand du trône de ses pères. Il y voyait déjà monter ses ennemis, Ce prince malheureux, quand j'accouchai d'un fils : On le nomma don Sanche; et, pour cacher sa vie Aux barbares fureurs du traître don Garcie, 1130

A peine eus-je loisir de lui dire un adieu Qu'il le fit enlever sans me dire en quel lieu; Et je n'en pus jamais savoir que quelques marques, Pour reconnaître un jour le sang de nos monarques. Trop inutiles soins contre un si mauvais sort! 1135

Lui-même au bout d'un an m'apprit qu'il était mort. Quatre ans après il meurt et me laisse une fille Dont je vins par son ordre accoucher en Castille. Il me souvient toujours de ses derniers propos; Il mourut en mes bras avec ces tristes mots : 1140

« Je meurs, et je vous laisse en un sort déplorable. Le ciel vous puisse un jour être plus favorable ! Don Raimond a ])our vous des secrets importants, Et vous les apprendra quand il en sera temps : Fuyez dans la Castille. « A ces mots il expire, 1145

Et jamais don Raimond ne me voulut rien dire.

1118. Il est certain que leur cnthoii- tifice. siasrne est quelque peu pronipl. W'.i. Loisir ; remarquez la suppression

1121. Var. : Mais jugez-ea voufs- de l'arlicle, déjà observée au vers 17. même... ^lO'iO-CO.) 1133. Ce sont les « pièces de reniar-

1122. Sur nvcrqiie, voyez la note du que n dont il est parlé dans l'Argumeiit. vers 020. 1140. Ce don Raimond est discret;

1128. Nous voici en plein récit Ira- il réserve ses révélations pour le dépique. Celui-ci est froid : on sent l'ar- nouemcnt.

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