SAINT MARC
(Or San Michèle, Florence.)
Donatelio fit, comme presque tous les artistes d'alors, un stage, dans sa jeunesse, à l'atelier d'un orfèvre. Cette éducation donnai! de grands et beaux résultats pour toul artiste qui était destiné à être aux prises avec le bronze. 'Le plus saisissant peut-être des sculpteurs florentins après Donatelio, et qui l'a toul au moin- égalé dans sa statue du Colleone, Verrocchio, était tout d'abord un orfèvre, et, pour rappel des observations que nous
faisions tout à l'heure, passionné de science, notam ni
de géométrie.) L'éducation de Donato fut en outre singulièrement secondée par sa liaison avec Brunelleschi.
Dès leurs jeunes années, le grand architecte et le grand statuaire sentirent qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. De là cette admirable fraternité d'art, cette émulation, cette consultation réciproque, ce continuel besoin d'élucider ensemble des questions, de discuter des idées, de se livrer aux plus féconds examens, dans tous les ordres de l'activité d'esprit, Brunelleschi approfondissant la sculpture avec Donato, Donato s'initiant à l'architecture avec Brunelleschi, tous deux commentant les poèmes de Dante, contro versant au besoin sur des problèmes de théologie, tous deux s'enthousiasmant, se trempant à toutes les fournaisesde l'idéal.
m DON AT KL 1,0.
Tons deux, enfin, dans la ferveur de la vingtième année (si l'on accepte les chronologies courantes, Brunelleschi aurait eu alors vingt-six ans et Donatello dix-sept), entreprenanl ce voyagea Rome qui devait avoir sur leur œuvre et sur l'art en général une si considérable influence 1403).
Il a fallu un Michelet pour dépeindre avec le m ou veinent el la couleur d'évocation qui conviennent, de tels voyageurs et un tel voyage :
« Bruncllcschi vend un petit champ qu'il avait et s'en va à Rome avec son ami, le sculpteur Donatello. Voyage périlleux alors. La campagne romaine était déjà horriblement sauvage, courue des bandits, des soldats des Colonna, des Orsini. Chaque jour, en ce désert, l'homme perdait, le buffle sauvage devenait le roi de la solitude. Elle continuait dans Rome. Les rues étaient pleines d'herbe, entre les vieux monuments devenus des forteresses, défigurés et crénelés. Ce n'était pas la Rome des papes, mais celle de Piranesi, ces ruines grandioses et bizarres que le temps, « ce maître en beauté », a savamment accumulées dans sanégiigence apparente, les noyant d'ombres et de plantes, qui les parent et qui les détruisent. De statues on n'en voyait guère; elles dormaient encore sous le sol ; mais des bains immenses restaient, onze temples, presque tous disparus maintenant, des substructions profondes, des égouts monumentaux où auraient pu passer les triomphes des Césars, toutes les sombres merveilles de Roma Sotteranea.