DAVID
Musée national, Florence )
DONATKLLO M
- Pétrarque avait désigné Rome oubliée à la religion 'lu rhonde. Brunelleschi ajoutons aux paroles de Michelel : et Donato) la retrouva, la recomposa en esprit. Que n'a I il laisse en écril ce courageux pèlerinage! Presque toul riait enfoui, lin creusant bien loin dans la terre, on trduvail le faîte d'un temple debout. Pour atteindre celte étrange Rome, il fallait \ suivre !<•» chèvres aux plus hasardeuses corniches, ou, le tlambeau ;i la main, se pjonger aux détours obscurs des abîmes inconnus. ■
Dans ce paysage si puissammcnl décrit, que ne pouvonsnous faire vivre avec un relief égal les allées et venues affolées d'admiration des deux artistes! Les voit-on, hâves, maigres et avides comme des chats errants, a la recherche non dune proie à dévorer, mais d'une forme à contempler, d'un fragment à découvrir? Tels sonl l'abrutissement et l'ignorance du peuple de Rome à ce moment, que l'on ne comprend rien à leurs manœuvres. On pense qu'ils sonl des chercheurs de trésors : on les appelle « qnelli del tesauro », ceux du trésor, paire qu'ils ont en effet découvert quelque pol rempli de vieux as. Chercheurs de trésors! Vraiment oui, ils le sont, mais de bien autres que l'on s'imagine. Ils recherchent, et retrouveront un trésor de beauté humaine. Ou plutôt c'est un trésor, et inépuisable, qu'ils vont créer en euxmêmes par l'ardeur et la contemplation du passé.
Ils sont vêtus de misérables habits de terrassiers. Ilgrattent la terre et ils dessinent. Ils épuisent leurs modiques ressources, et ils trouvent tant de trésors qu'ils
sonl enfin obligés, pour vivre, de s'engager comme <>n\ riers chez des patrons orfèvres. Brunelléschi travaille comme monteur de joyaux. Donatello je ne sais comme quoi; Kl puis Brunelléschi, méditant une œuvre i mineuse, donl il ne s'ouvre à personne, pas même à sou ami, demeure à toul prix à Rome, tandis <|ue Donato doil enfin la quitter et retourner à Florence en soupirant.
Donatello s'arrêtera en roule, en grand voyageur qu'il esl et sera encore plus d'une fois. Il passe par Orvieto pour admirer la façade de marbre de la cathédrale, un des joyaux de l'émotion humaine. 11 travaille même un peu de temps à des besognes qu'il trouve en celte ville. Il fait aussi un séjour à Cortone, où il remarque des sculptures antiques heureusement placées là pour adoucir ses regrets de Rome, entre autres un sarcophage orné de bas-reliefs dont il fera à Brunelléschi de retour à Florence un tel éloge, que celui-ci, à l'improviste, s'en ira, à pied, le voir, afin de reprendre la conversation en meilleure connaissance de cause. (Donatello et les témoins de l'entrelien en seront tout ébahis quelques jours après, ayant cru Brunelléschi simplement enfermé dans la solitude de l'atelier.)
Tous ces traits sont familiers, entraînants, vivants. On entend les controverses des deux artistes, on reconstituerait leurs exclamations, leur beau langage musical, leur mimique passionnée. C'est des années de jeunesse que date aussi l'anecdote si connue des deux Christs. On aurait bonne envie de la passer sous silence, tant elle a été rap-
Cliché Alimri