BUSTE D ENFANT
(Collection Miller, à Vienne.)
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trer d'esprit qui lui plûl davantage que celui de Donato, avec lequel il causait familièrement, raisonnant, pour leur plus grand plaisir. >ui' les difficultés du métier.» Ksl-il possible «le faire entrevoir une activité intellectuelle et artistique mieux qu'en ces deux simples phrases? Mais Donatello n'est pas seulemenl le compagnon des plaisirs de la pensée, le camarade de luxe, qu'on ne trouve qu'aux heures faciles. Lorsque Brunelleachi est harcelé, exaspéré par les mesquineries des
fabriciens de la cathédrale, <'t que | ■ les travaux de
cette coupole qu'il a conçue lui seul et donl lui seul est capable de mener à bien l'écrasant projet, on lui adjoint l'inutile et le nul Ghibërti inutile et nul dans cette seule circonstance, cela va sans dire), Donato est là qui soutient son ami el peut-être l'inspire. " Il fut dans un tel désespoir qu'il était sur le point de quitter Florence : el sans Donato et Luca délia Robbiaqui le réconfortèrent, il aurait été hors de lui. » Au reste, Donatello est tellement loyal, si peu vindicatif, si peu orgueilleux, que lorsqu'un rival, par exemple le même Ghibërti, présente un projet supérieur au sien, non seulement il s'efface devant lui, mais encore il chante ses louanges, fait de la propagande pour lui, au besoin des démarches. Jusque-là va sa passion du beau, son enthousiasme du bon travail, et ce n'est peut-être pas, chez un artiste, le trait le moins rare. Cette espèce de besoin de justice pour soi et pour les autres s'allie fort bien à la causticité que nous avons signalée. On en voit un bien amusant exemple dans
I affaire de la statue de saint Philippe, œuvre < I < * premier ordre de Nanni di Banco, qui n'est pas indigne, à Or san Michèle, défigurer à côté des chefs-d'œuvre de Donatello et de Verrocchio.
« Cette œuvre avait été d'abord allouée à Donatello par l'Art des Cordonniers, mais comme ils ne tombèrent. pas d'accord sur le prix, ils la lui retirèrent, pour en charger Nanni, <|iii leur promit de se contenter de ce qu'on lui donnerait. Mais la chose ne se termina pas ainsi, car, la statue finie et mise en place, il demanda un prix beaucoup plus élevé que celui <le Donato. Les deux parties ayant confié l'estimation à Donato, les consuls de l'Art des Cordonniers croyaient fermement que par envie, et pour se venger de n'avoir pas eu la statue, il fixerait un prix bien inférieur à celui qu'il avait demandé pour lui. Mais ils furent bien désappointés quand Donato jugea que la statue devait être payée beaucoup plus que Nanni n'avait demandé, et no voulant pas accepter cette décision, ils s'écrièrent : « Pourquoi, toi qui l'aurais « faite pour un prix moindre, l'estimes-tu plus étant de la « main d'un autre, et veux-tu nous forcer à lui donner « plus qu'il ne demande? Tu reconnais cependant avec « nous que cette statue serait meilleure si elle était sortie « de tes mains. » Donato leur répondit, en riant : « Ce bon « homme n'est pas, comme sculpteur, ce que je suis, et « peine beaucoup plus que moi en travaillant ; aussi il vous « faudra, pour le récompenser, lui payer le temps qu'il a « dépensé, si vous el.es des hommes justes, comme j'aime
DONATELLO. ,i'1
(i à le croire. •< Le compliment de Donato eul plein effet, car les deux parties s'étaieni engagées d'avance à accepter sa décision. >>
L'histoire esl exquise ; car Donatello trouve le moyen en môme temps d'obliger un camarade, <!<• lui infliger une légère humiliation en revanche d'un procédé <!<• confraternité douteuse, et enfin de se venger, de la sottise et do la lésinerie dos bourgeois.
Mais il y a encore à propos de ce Nanni, élève de Donato, nullement dépourvu «le talent et pour qui le maître semble avoir eu beaucoup d'affection et un peu de supérieure pitié, une autre histoire hop jolie et trop significative pour que nous en privions le lecteur.
« A coté de la niche du Saint Philippe, on en voit une autre contenant quatre statues de saints en marbre, qui lurent demandés à Nanni par l'Art des Forgerons, des Menuisiers et des Maçons. On raconte que quand elles furent terminées, comme il les avait sculptées séparément, il n'en put faire entrer que trois dans la niche, d'autant qu'il en avait exécuté quelques-unes les bras ouverts. Désespéré, Nanni pria Donato de lui venir en aide, et de réparer sa maladresse; celui-ci lui dit en riant de sa mésaventure : « Si tu me promets de me pa-yer, ainsi « qu'à tous mes jeunes élèves, un bon dîner, je me « fais fort de faire entrer tous tes saints dans la niche sans « difficulté. » Ce que Nanni ayant promis bien volontiers, Donato l'envoya à Prato prendre quelques mesures et traiter certaines affaires qui devaient l'y retenir plusieurs
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jours. Pendant son absence, il se mit à l'œuvre avec tous ses élèves, réduisit une épaule à l'un, un bras à l'autre, (il passer le bras de l'un sur l'épaule <le l'autre, el en un mol les agença si bien qu'il répara la bévue de Nanni, et que maintenant il esl impossible <le s'en douter. Nanni à son retour le remercia vivement el lui paya de bon cœur. un riche dîner. »
Cette sorte de gaîté de.Donatello ne l'abandonné jamais dans la vie. Il semble réserver sa haute et éloquente tristesse pour son œuvre. Mais dans les occasions extérieures, il a toujours quelque bonne malice, qui va parfois jusqu'à la charge d'atelier, uniquement pour le plaisir, semhle-t-il, de se détendre les nerfs, mais qui, le plus souventaussi, enclôt quelque judicieuse remarque, quelque observation vive et pénétrante d'art et d'humanité.
Ainsi dans ses rapports avec cet excellent Paolo Uccello, qui dans son affolement pour la science, et dans son adorable naïveté d'homme absorbé par un seul but, perd souvent le juste point de vue des choses pour y vouloir mettre trop de logique. Il n'y a pas de mot plus plein de sens, plus utile pour ainsi dire, que cette réflexion, lorsque Paolo, épris de perspective au point de ne plus faire autre chose et de sacrifier son œuvre et sa vie, montre à Donatello avec ravissement des couronnes héraldiques mises en perspective, ou des boules à soixante-douze faces et à pointes de diamant, ou des copeaux enroulés sur un bâton, et autres figures théoriques autant que compli-
quées : « Eh ! Paolo, s'écrie Donatello, ta perspective te l'ail laisser le certain pour l'incertain. Toutes ces choses ne sont bonnes qu'à ceux qui font de la marqueterie!
C'est ii m* anccdolc <|ni devrait demeurer présente h l'espril de tous ceux qui sont tentés, non poinl d'approfondir les questions techniques que l'on n»' saurai! trop approfondir nous avons vu que Donatello était un des plus savants artistes qui fussent), mais de leur subordonner la pensée la plus large, et jusqu'à l'art lui-même. Ils sont des théoriciens bous à ne créer que les puériles illusions des marqueteurs.
Il faut avouer cependant que Donato ne ménagea poinl le pauvre Paolo Uccello el qu'il le traita même assez durement. Notamment encore dans l'aventure de cette fresque que Paolo cachait à tous les yeux, et à propos de laquelle Donatello lui dit, une fois terminée : « Ali ! Paolo, c'est maintenant que lu devrais la cacher. » Cette parole qui, paraît-il, désespéra Uccéllo n'est ni bien juste, ni bien généreuse. Mais il faut bien se reporter à une époque où les nerfs étaient assez rudes à ébranler, où le sarcasme était comme une sorte d'escrime, et où Donatello lui-même, à l'occasion, l'acceptait pour ses propres œuvres, après réflexion, comme nous l'avons vu lorsque Brunelleschi le taxait de faire de la sculpture rustique.
Le touchant monument d'admiration et de respect, non exempt d'une certaine fierté, que Paolo Uccello nous a laissé en portraiturant Donatello, nous montre au reste combien les rapports étaient excellents entre tous ces maître-.
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en dehors delà liberté des allures et de la franchise «lu langage. Nous ne saurions nous reconnaître trop heureux « I « ' posséder au Louvre ce grave el précieux panneau, où l'Uccello représenta « Giotto, peintre, comme rénovateur el [lambeau de l'art, Filippo di Ser Brunelleschî pour l'architecture, Donatello pour la sculpture, lui-même pour la perspective et la figuration «les animaux, et pour les mathématiques Antonio Manetti, son ami, avec qui il avait de fréquents entretiens sur la géométrie d'Euclide ». Ce sont ces choses qui font revivre, pour les imaginatifs, toute la flamme d'une époque. Mais il faut, pour bien reconstituer ces temps et ces hommes privilégiés, avoir le talent d'un Marcel Schwob et pouvoir écrire les « Vies imaginaires » de tels artistes. Vous représentez-vous ces entretiens où le savoir le plus grave alterne avec les plus truculentes blagues? Ne vous attendrissez- vous pas sur cet hommage que Paoto adresse à ses contemporains illustres et à lui-même, à cette espèce de retable intellectuel qu'il peint pieusement el conserve comme un tableau d'autel dans son pauvre logis, humble sanctuaire de pensée?
Dans ce portrait, Donato apparaît avec des traits réguliers, pleins de franchise, une bonne barbe raide d'ouvrier, des veux gros et limpides, toute une simplicité' qui, par le contraste, rend encore plus grandioses les rêves et les lièvres que l'artiste cristallise, qui semblent être sortis tout bouillonnants de ce cerveau, pour s'arrêter soudain dans la matière, sous le miracle d'un geste créateur.