S\I NT JEAN-BAPTISTE
i Cathédrale de Sienne.
DON.ATELLO. 73
Ce pourpoint uni d'un drap grossier, ce chaperon dé pourvu de luxe el de recherche conviennent admirablement à un homme qui produit, qui tire de lui-même de pareilles richesses. Qu'a besoin d'étoffes précieuses el de joyaux celui qui peul inventer les joyaux les plus splendides et toutes les beautés humaines et surhumaines? \us<i Donatello porte-t-il le coslume qu'il faut, a-t-il la physionomie fruste qu'il faut. Tout cela est à l'unisson de son détachemenl superbe. Car, bien que qous venions de le voir « intéressé », discutant des prix avec des cordonniers, et exigeant un riche dîner (un riche dîner, lui qui les laisse tomber à terre !), c'est l'homme <|iii tient le moins aux biens de fortune.
Bien avant les théories, l'on pourrait dire qu'il a même fait du socialisme en action. Un trait charmant donnait dans Vasari. La magie de style et l'autorité de pensée d'Anatole France l'a fait revivre el mis en relief comme il convenait. Il s'agit de la façon dont le maître « plaçait » son argent. Donatello. qui avait pour amis les Mëdicis, les banquiers les plus puissants et les plus célèbres de l'univers, aurait pu leur confier, pour les faire fructifier, les sommes que lui rapportaient ses œuvres. Il se contentait de les déposer dans un panier suspendu au plafond de son atelier. Quand un ami en avait besoin, ou quand les élèves en requéraient pour les frais de la maison ou les dépenses des repas communs, on n'avait qu'à faire manœuvrer la corde et la poulie, suivant la nécessité, et sans même prévenir le patron.
Le luxe, quel besoin en avait-il? Qu'aurait-il ajouté à son rêve de grandeur? Gosme de Médicis s'avise un jour que son sculpteur va vraiment trop mal vêtu par les rues de Florence les jours de fête el il lui l'ail envoyer un magnifique costume rose, «lu plus beau drap. Donatello le porte deux ou trois fois, puis, une fois la bonne volonté prouvée, ou le. supplice subi, le renvoie au mécène, en le suppliant de le dispenser de porter des habits « trop délicats pour lui ».
Avec lui les cadeaux n'ont pas de chance. Vers la lin de sa vie, lorsqu'il ne va plus pouvoir travailler, et qu'il n'a plus la moindre ressource, Pierre de Médicis acquitte vis-à-vis de lui une dette transmise par Cosme, en lui taisant le don d'un domaine à CafTaggiuolo. Donatello est ravi tout d'abord, mais au bout d'un an à peine, il demande à son protecteur de le dispenser d'être un propriétaire, comme il avait demandé d'être dispensé d'être un élégant. Les discussions qu'il faut soutenir avec des fermiers, les soins à donner aux bâtiments, les calculs incessants qui sont nécessaires pour équilibrer les recettes et les dépenses, tout cela excède le pauvre homme, qui souhaite et obtient en échange une petite rente payable semaine par semaine.
Il est cependant propriétaire bon gré mal gré : propriétaire de la maisonnette dans la « via del Cocomero », près du couvent de Saint-Nicolas, et il possède aussi, à Prato, près de Florence, ce Prato qu'il a enrichi d'une œuvre adorable, un petit champ sans grande importance. Le premier de ces « biens » lui sert à y mourir, car il faut