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LES COLLECTIONS DE COSME DE M É D I C I S

O N AT EL LO était revenu de Rome depuis quelques mois à peine, lorsque Cosme de Médicis dut quitter Florence, où son adversaire, Rinaldo degli Albizzi, l’avait retenu un moment prisonnier au Palais de la Seigneurie. L’exil fut pour Cosme l’occasion d’un voyage à Venise, où il fut fêté en souverain, et où Michelozzo le rejoignit. Un an après son départ, il faisait à Florence un retour triomphal, et commençait ce règne d’un grand bourgeois amateur de livres et d’art, auquel rien ne peut être comparé dans l’histoire politique depuis le temps de Périclès, et que l’avenir ne reverra pas.

Vasari rapporte que Cosme montra une affection très vive pour le génie de Donatello, et que le sculpteur répondit à cette affection par un dévouement attentif aux moindres désirs de son ami. Le biographe ne fait que suivre le témoignage d’un

contemporain de Cosme et de Donatello, Vespasiano dei Bisticci.

Les humanistes de cette génération étaient encore éloignés du cicéronianisme vain et puéril : ils aimaient l’antiquité dans ses ruines et ses marbres, aussi bien que dans les livres. Archéologues en même temps que philologues, ils tinrent Donatello pour un grand connaisseur de l’art antique. Cyriaque d’Ancône, l’infatigable voyageur, rendait visite au sculpteur, en passant par Florence. Pogge, que sa passion de collectionneur mit plus d’une fois en compétition avec Cosme de Médicis, disait avec orgueil, en parlant de l’un des marbres assemblés dans sa villa : « Donatellus vidit et summe laudavit. »

Donatello avait-il réuni lui-même des antiques, comme ceux que les humanistes admiraient dans la riche demeure de Ghiberti, et dont ce raffiné jouissait, ainsi qu’il nous l’indique dans ses Commentaires, autant par le toucher que par la vue? Le peu que nous savons de la vie de Donatello doit nous faire croire que, sans fortune et sans goûts de luxe, il n’eut guère chez lui, en fait d’œuvres d’art, que celles qu’il créait de ses mains. Vasari prétend bien que ce fut Donatello qui donna à Cosme « la volonté d’introduire à Florence les antiquités » qui formèrent le premier fonds du musée médicéen; mais les humanistes et les curieux ne manquaient pas à Florence pour flatter le

LES MAITRES DE L’ART

grand banquier dans ses goûts de collectionneur.

Il est certain, tout au moins, que Cosme employa le sculpteur dont il se fit un ami à restaurer ses marbres. Parmi ceux qui furent complétés par Donatello, Vasari cite des bustes romains et le fameux Marsyas qui se trouvait au quinzième siècle dans l’une des cours du palais des Médicis.

L’illustre collectionneur commanda encore à Donatello des œuvres originales qui étaient appelées à figurer à côté des antiques. Le David de bronze, qui est maintenant, au palais du Bargello, le plus précieux ornement de la salle de Donatello, fut probablement achevé plusieurs années avant que Cosme ne fît construire son palais de la Via Lata. Il fut ensuite placé au milieu de la cour de ce palais et y resta jusqu’en 1495 : après le triomphe de la Révolution théocratique dont Savonarole était l’âme, il fut transporté devant le Palais du Peuple, dans lequel se trouvait déjà le premier David de Donatello.

Le David de bronze aurait pu courir le risque d’être condamné au bûcher par le moine qui avait vaincu la Renaissance au nom du « Dieu de David » . Il est nu et beau comme un demi-dieu du paganisme. Ses cnémides, gravées de fines palmettes, ne sont qu’une parure d’où le sculpteur « a fait jaillir les jambes plus souples et plus sveltes* ».

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