Voir la très curieuse étude de M. le commandant Lefebvre
LES MAITRES DE L’ART
comme un signe de réalisme, le genou du cheval de Gattarnelata, qui se creuse légèrement, lorsque le pied porte : « genou effacé », disent les cavaliers
Donatello a compris comme Alberti^ la beauté d’un groupe équestre ; la masse et la vigueur de la bête soumises à la volonté intelligente de l’homme. L’élan terrible du Colleone de Venise prend une violence déclamatoire, en face Gattarnelata, dans le calme de sa force (PI. 15).
Ces condottieri de la République Sérénissime qui ont demandé la gloire aux humanistes et aux artistes, furent des calculateurs sans scrupules, pour qui le jeu de la guerre, coupé de trahisons, avait plus de profits que de périls. Les éloges funèbres prononcés à Padoue en l’honneur de Gattarnelata par Quirini et Pontano eurent leur contre-partie : Rome prit la parole, dans une épître composée par un inconnuà la solde du duc de Milan, pour reprocher à Venise, — à qui le monument de Gattamelata n’avait rien coûté, — d’avoir donné l’im-
des Noëttes, Verrocchio et l’anatomie du cheval (Revue de l’art ancien et moderne , t. XXVI, 1909).
1. Je suis redevable de ces observations hippologiques à M. le commandant Lefebvre des Noëttes.
2. « Gratum aspectu animans, in quo admirere tantas adesse et corporis robur et animi vires conjunctas incredibili quadam mansuetudine, tamque concitatis in pectoribus tam placidum docileque considéré ingenium » (L. B. Alberti, De equo animante) .
mortalité de l’airain à un lâche h Donatello n’a pas connu Gattamelata ; il a composé, d’après les documents qu’ont pu lui donner les héritiers, peut-être d’après un masque mortuaire, un portrait qui dépasse de loin l’homme et son surnom. Il a laissé le « chat mielleux » sur le casque dont il forme le cimier, à la façon des dogues des Scaliger, et que les génies funéraires portent sur le piédestal : du cavalier le sculpteur a fait l’image accomplie du stratège.
C’est le saint Georges de sa jeunesse, vieilli, mûri et passé du côté des puissants. Le condottiere est revêtu de son armure de parade, battue sans doute à Milan, et à laquelle le sculpteur a ajouté les lambrequins d’une cuirasse à l’antique ; son grand estoc à deux mains est couché au fourreau, le long de la selle ^ ; mais ses jambarts, ornés de formidables éperons, s’arrêtent aux pieds, qui sont nus dans des sandales, comme ceux d’un