I. Mlle Frida Schottmüller
géant sa lourde poitrine, des Amours sont brodés en relief, comme sur la dalmatique du diacre de Padoue.
D’autres putti couvrent le socle triangulaire, emportés dans une bacchanale qui semble faire suite à la course folle de la Cantoria; mais ici le tumulte est encore plus désordonné. Tout ce mouvement joyeux devait accompagner la musique de l’eau qui jaillissait, en sortant de bouches ouvertes au milieu même des groupes d’enfants, ou en passant par des trous percés aux angles du coussin que le poids d’Holopherne presse comme une outre.
La fontaine de la Jùdith est muette depuis qu’elle a été enlevée du palais des Médicis. Le groupe est fort mal placé sous la Loggia démesurée. S’il était possible de le transporter dans la cour ou le jardin d’un palais de Florence, il faudrait en refaire une fontaine, pour rendre toute sa force au contraste que Donatello avait voulu marquer entre le groupe tragique et le socle égayé par les jeux des enfants et des eaux.
Pour San Lorenzo, l’interminable église des Médicis, une phase nouvelle des travaux de construction et de décoration avait commencé au lendemain du retour de Donatello à Florence. La nef de la vieille église fut démolie en 1457, et la nouvelle nef aussitôt commencée, d’après les projets qu’avait laissés Brunellesco. C’est alors, selon toute vrai-
LES MAITRES DE L’ART
semblance, que Donatello donna le dessin de la tribune aux chanteurs qui fut encastrée dans le bas-côté de gauche. Elle était faite pour rivaliser, dans l’église des Médicis, avec la Cantoria de la cathédrale, dont elle a les proportions et l’architecture; le mouvement fougueux du basrelief est remplacé par le concert des marbres de couleur et des mosaïques d’or, dont Donatello n’avait jamais oublié la richesse byzantine, depuis son retour de Rome. Un vaste projet de décoration fut formé pour le choeur de l’église, qui restait encore pauvre et nu, à côté de la chapelle funéraire bâtie par Brunellesco et remplie des œuvres de Donatello. Le sculpteur reçut de Cosme, vers 1460, la commande de deux chaires de bronze doré, couvertes de reliefs, qui devaient peut-être faire corps avec une clôture de marbre analogue à celle de la basilique romane de San Minialo. Il se mit à l’œuvre. Mais la paralysie vint le terrasser. Il resta trois ans cloué au lit, dans une petite maison où il s’était retiré, via del Cocomero, près des religieuses de San Niccola. Il y mourut le 13 décembre 1466. Le peuple de Florence accompagna le cercueil, à la suite des artistes de tous les métiers, jusqu’à cette église de San Lorenzo où le travail du maître avait été arrêté par l’engourdissement fatal.' C’est dans la crypte de l’église des Médicis que la place de la sépulture de Donatello avait été marquée, non loin de la tombe cachée
dans laquelle reposait depuis deux ans Cosme, Père de la Patrie*, «afin, dit Vasari, qu’après avoir été près de lui par le cœur, pendant sa vie, il fût près de son corps, une fois mort ».
I. Le cercueil de Donatello est resté dans la crypte de San Lorenzo. C’est seulement à la fin du dix-neuvième siècle qu’un tombeau a été élevé dans l'église, en mémoire de l’artiste qui l’a remplie de ses œuvres. Ce tombeau, œuvre de l’architecte Guidotti et du sculpteur Romanelli, a été inauguré en 1897 (reprod. dans VArchivio storico dell’Arte, X, p. 162). Adossé à la paroi d’une chapelle célèbre, celle qui a pour retable une Annonciation de Fillipo Lippi, il n’est pas placé immédiatement au-dessus du cercueil. Le tombeau du grand sculpteur est un pastiche habile des marbriers florentins de la seconde moitié du quinzième siècle : il n’a rien de Donatello.