‹ DonatelloChapitre 9 sur 39 · I. André Michel · texte numérisé non relu

I. André Michel

LES MAITRES DE L’ART

aux génies des Vents, qui obéissaient jadis aux ordres de l’Olympe. Ce concert furieux des forces de l’espace, enveloppant de son tumulte la prière grave qui monte dans la lumière et dans la paix, c’est une conception digne de la plus haute musique religieuse. Donatello l’a fait tenir dans un carré de trois pieds de côté et dans l’épaisseur de deux pouces de marbre.

Il est impossible de séparer de V Assomption un bas-relief du Musée de South Kensington, qui se rapproche du bas-relief de Naples par son exécution, et sans doute par sa date, aussi bien que par son sujet : l' Ascension. C’est un tableau panoramique, dans le genre du Combat de saint Georges. Il n’a pas fait partie d’un monument. En 1492, on le trouve cité dans l’inventaire du palais des Médicis, où il était pendu à côté des panneaux peints par les maîtres du quinzième siècle. Après la dispersion des collections médicéennes, il resta à Florence, où Francesco Bocchi admira en 1591 ce « quadro di marmo », qui a conservé à Londres son ancien cadre de bois '.

I. M. P. Schubring s’est demandé, en prenant texte du rôle attribué à saint Pierre, si le bas-relief de Y Ascension n’aurait pas formé la prédelle d’un autel des saints Pierre et Paul, pour lequel Donatello fournit en 1438 une esquisse en cire à la Fabrique de la cathédrale de Florence, et dont l’exécution devait être confiée à Luca délia Robbia. Cette ingénieuse hypothèse paraît contredite d’avance par le passage de l’inventaire des Médicis relatif au « quadro » de Donatello.

Donatello a représenté \ Ascension aussi librement que \ Assomption, et avec le même dédain des traditions orthodoxes. Il unit à V Ascension la Remise des clefs à saint Pierre : c’est en montant au ciel, et déjà soulevé au dessus de la terre, que le Christ lègue sa puissance à son Eglise. Il est assis sur les nuées, dans un ciel de nuées, où nagent des génies pareils à ceux qui tourbillonnent autour de V Assomption. Au milieu des apôtres, qui sont des vieillards robustes, la Mère du Sauveur est agenouillée, vue de dos, et on la sent vieille, sous son voile de deuil. Le sol manque; pourtant le parti de perspective est nettement indiqué. Le sculpteur a groupé les apôtres au sommet d’une montagne et les a représentés comme s’il les voyait d’en bas et de loin. Il nous dévoile ainsi le secret du schiacciato, plus clairement que dans aucune autre de ses œuvres. C’est un bas-relief, d’où les premiers plans, trop accusés et trop chargés de matière, ont été supprimés. Il ne reste que les derniers : le schiacciato est un bas-relief de lointain.

A la distance où l’artiste place ses propres visions, la différence des plans n’est plus faite que de gradations subtiles comme des nuances dans un coloris lumineux : tout ce que l’artiste nous fait voir, les apôtres qui se détachent sur le ciel et le Christ qui ne touche plus la terre, les arbres, les nuages, tout est baigné dans une même atmosphère, que les touches d’or achevaient autrefois

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d’illuminer. Ici le sculpteur dépasse tous les peintres de son temps, même Piero délia Francesca, ce « pleinairiste » épique : son ciseau fait, comme l’a bien vu un critique allemand de r « impressionnisme » en marbre.

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