LASSAI I'. T
Kilo crut qu'où n osait lui dire la vérité, e( elle s'écria en se laissant aller dans 1rs bras de Jeanine :
— Malheureuse! ma mère est morte!
— Non , répondit enfin Jouas , cédant le premier à la eompassion qu'il dissimulai! en vain: votre lllèïe n'est pas morte. EHè commenc -e à reprend iv connaissance , mais elle est bien mal.
Simonne se releva vivement, aux premiers mots de celte phrase, pour retomber en entendant les
derniers.
— Bien mal ! fit-elle avec consternation. Vous me laisserez la voir, alors? cou tinua-t -elle, en prenant une attitude suppliante.
— Retirez- vous , répondirent les assistans.
— Vous saurez son sort , dit Jonas.
— Revenez ce soir de bonne heure, ajoula-t-il à demi-voix.
— Retirez-vous! répétèrent plus fortement les pécheurs.
— Elle ne se retirera pas ! répondit Jeaunic, pre-
liant à son tour la parole , et donnant la main à Simonne pour l'introduire dans la maison.
Deux hommes se placèrent devant lui, el barrèrent la porte.
— J'ai amené celte (femme ici pour qu'elle voie sa mère , reprit-il avec résolution , et elle la verra î
Ces paroles furent suivies d'un long silence. Les pécheurs, et surtout maître Jonas , semblaient ébranlés.
— Si on laisse entrer la maudite , dit enfin un \i» illard , la maison sera abandonnée de Dieu, et Josèfe mourra damnée.
Il le pensait comme il le disait , et cette observation fil sur tout le monde une impression terrible.
— C'est vous qui serez damnés, s'écria Jeannic, si vous refusez à une fille de voir sa mère mourante.
El , mettant la main sur le lusset (1) de la porte pour faire place à Simonne:
(1) Première porte plus basse que lu seconde , el qui laisse voir dans la maison.
v assaut:
— Entrez, lui dit-il.
On laissa Jeannic passer le seuil ; mais quand la jeune femme s'y présenta, la porte fut refermée mire clic et son conducteur, de sorte que l'une se trouva en dehors , l'autre en dedans, et que la première, séparée ainsi du second , fut à la merci des pécheurs qui l'entouraient.
— Oh î les barbares î les barbares ! dit Jeannic, en secouant avec colère le lussel refermé sur lui.
On ne l'écoulait point, et on commençait à faire reculer Simonne , en marchant sur elle avec des gestes et des regards menaçans.
— Laissez-la , cria Jeannic. ou malheur à vous ï
Il leva son bâton ferré , et le brandit en l'air au dessus du lusset, ce qui n'empêcha pas un pécheur de porter la main sur Simonne.
— Malheureux î fit le jeune homme, hors de lui, en se reculant pour lancer son amie contre le téméraire.
Mais il s'arrêta tout à coup à la vue de son visage,
ia X'assact.
et n'osa frapper. C'était un vieillard en cheveux blancs, le môme qui avait pris la parole un instant plus tôt.
Cependant, Jeannic perdait ses forces ave*' te temps, et voyait Simonne découragée prête àrenon- < vr à voir sa mère. Il demeura une minute à se consulter au milieu du silence redoutable des pécheurs. Enfin décidé à rejoindre la jeune femme et à (enter un dernier effort , il fit quelques pas en arrière pour s'élancer par dessus le lusset, au risque <lc se briser sur les pierres de la rue. Mais les pécheurs comprirent son projet; et résolus, de leur côté, d'en finir, les uns accoururent devant la porte, afin d'en fermer le passage, et les autres éloignèrent Simonne, sans prendre pitié de ses pleurs ni de ses cris.
Jeannic sentit qu'il était vaincu, et se laissa tomber sur une chaise.
Tout à coup, un léger bruit lui fit détourner la tète. La porte qui communiquait à la chambre de la mère Josèfe s'ouvrit à moitié ; et une femme, accourant du chevet de la malade, vint s'informer de ce qui se passait dans la maison. Cet incident attira
ftHeutioiuIo (oui le monde, cl arrêta les pécheurs qui entraînaient Simonne. Pendant que lu femme parlait à Jouas, la porte resta onlrc-hàillée, et Jeanoie, s'en approchant avec respect, entendit une voix faible et plaintive qui disait : « Simonne! ma liHe! où es-tu?.. Viens près de moi , mon enfant!»
Il reconnut , maigre son altération profonde» , la voi\ de lanière Josèfe. Aussitôt, il s'avança vers les pêcheurs, et leur imposa silence d'un geste impérieux et solennel.
— Écoutez ! dit-il , écoutez !..
Tout le monde prêta l'oreille.
— Simonne ! ma tille ! répétait la voix mourante, <pù parvint cette fois jusqu'à la jeune femme et lui arracha un grand cri :
— Ma mère ! j'entends ma mère ! elle m'appelle !
En parlant ainsi , elle s'arracha aux bras qui la retenaient , et fut en deux pas devant la porte. Mais le lusset était toujours fermé.
— Ne la laisserez- vous point entrer encore ? dénia nda Jeannic avec autorité.
Vi L'ASSAUT.
Les assistans gardèrent le silence. Ils ne savaient plus que résoudre.
— Ma fille! ma fdle ! continuait la vieille.
— Vous pleurez , Jonas? s'écria le jeune homme en prenant la main du vieux pécheur.
C'était la vérité.
— Jonas î bon Jonas ! ouvrez-moi , par pitié , suppliait Simonne, agenouillée en dehors.
— Ma fille ! disait toujours la mère Josèfe , d'une voix plus faible et plus voilée.
Les assistans détournèrent la tête. Jonas ouvrit le lusset, et Simonne entra avec Jeannic dans la chambre de sa mère.
Deux cris retentirent en même temps.
— Simonne !
— Ma mère !
Et la porte se referma sur un bruit de pleurs et de sanglots.
Les pécheurs se regardèrent entre eux, avec une
compassion mêlée d'effroi , et se dispersèrent en silence.
Un seul , le même vieillard qui avait déjà parlé deux fois, dit aux autres, en se signant à plusieurs reprises :
— fanas a eu tort, et le malheur sera dans sa maison avant ce soir.
Cette opinion fut bientôt celle de tout le village.
Ik
LE FANTOMS.