‹ DonatienChapitre 4 sur 35 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

£a Mouvante.

Quand le pilote enlra dans la chambre , Simonne était à demi cachée par l'ombre des rideaux , cfe sorte qu'il aperçut seulement lajmère Josèfe, et se crut d'abord seul avec elle.

Jl s'avança jusqu'à son chevet, lui prit afleetueuii. 3

sèment la main , et la regarda sans prononcer une parole.

— Enfin, vous voici, dit la vieille, en poussant un long soupir; je tremblais que vous ne vinssiez trop tard.

Kornic voulut lui adresser quelques questions sans suite sur son état; elle l'interrompit du geste, et lui fit signe de se disposer à l'écouter avant tout.

— Asseyez-vous là, lui dit-elle ,.. avec Simonne.

— Avec Simonne! s'écria-t-il, en tressaillant de surprise, et en jetant un regard inquiet autour de lui.

Et il recula jusqu'au fond de la chambre , quand il aperçut sa femme auprès du rideau.

— Kornic, dit Josèfe, ne craignez pas de vous rapprocher de la Maudite, pour quelques instans, el respectez la dernière volonté d'une mourante.

Le ton dont ces mots lurent prononcés en imposa au pilote. Il vint silencieusement s'asseoir près du lit , à quelque distance de sa femme.

U mère Josèfe redressa sa tète sur ses oreillers,

fixa un long regard sur le crucifix de bois suspendu en face d'elle , et après quelques instans de recueillement et de silence :

— Mes enfans, dit-elle avec solennité, élevez comme moi votre ame à Dieu , et écoutez-moi religieusement ; vous allez entendre ma confession.

À ce mot, Simonne devint extrêmement pale , et Kornic, pris d'un frisson involontaire, sentit qu'il allait se passer quelque chose de grand et de suprême.

— Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ; dit Josèfe, en faisant lentement le signe de la croix, et en joignant sur sa poitrine ses mains maigres et flétries. \

— Mes enfans, poursuivit-elle , je vais vous dire des choses que personne ne sait sur la terre. J'avais espéré ne jamais les dire, même à vous. Cet espoir était coupable, et vous l'avez expié autant que moi ; car tout le mal que vous avez souffert vient de là. Que du moins le Dieu qui me- laisse le temps de réparer ma faute et votre malheur , pardonne et termine l'une et l'autre ; qu'il se contente de m'avoir châtiée de mon vivant . dans mes enfans

et dans leur naissante postérité , et qu'il reçoive en expiation l'aveu douloureux et terrible que je vais faire devant lui. Oui, mes enfans, cet aveu sera douloureux et terrible, car il va m'ôter, au bord de la tombe, la robe sans tache que j'avais reçue dans mon berceau ; car il va forcer mes cheveux blancs à vous demander grâce pour mes cheveux blonds; car il va faire rougir devant vous celle dont vous avez été fiers pendant vingt ans , celle que le village entier nommait la plus irréprochable. Mais c'est pour avoir conservé ma réputation comme une couronne dont je n'étais pas digne , que je dois la déposer avec plus d'humilité et de repentir ; c'est parce que j'ai laissé punir ma faute en vous , que je dois me punir moi-même à mon tour plus cruellement , pour payer à Dieu les intérêts de sa justice.

Tout ce que vous avez fait , Kornic , et que vous seul pouvez défaire . ce que vous allez apprendre suffira pour le réparer. Toi , Simonne , ton tour va venir de juger après avoir été victime, et mon sacrifice rachètera votre bonheur à tous deux. Jurezmoi seulement , pour consolation et pour prix de ce sacrifice, que vous garderez inviolablement le secret de ma confession, et que l'humiliation suprême à laquelle je me soumets devant vous, et qui

suffira, j'espère, à la justice divine ; comme elle suffit à votre satisfaction devant les hommes, ne retombera jamais sur ma cendre ni sur ma mémoire.

Kornic et Simonne levèrent la main en signe de serment , et la vieille continua ainsi :

— Je pourrais vous dire en quelques mots ce que je veux vous révéler ; mais puisque je me sens la force de rendre mon expiation complète en repassant sur tous mes souvenirs, c'est l'histoire de ma vie que vous allez entendre. Cela vous étonne , mes enfans ; vous croyez la connaître , cette histoire : mais hélas ! vous n'en connaissez que la moitié , celle qui a été pure et honorable , depuis mon mariage avec Jean Plouarzec, le père de Simonne. C'est l'autre moitié que vous allez savoir , celle de Josèfe Penoër , celle dont nous avons tous payé le mystère coupable, de notre repos et de notre bonheur.

Ici, la mère Josèfe se recueillit de nouveau pendant quelques minutes. L'imperceptible rougeur qui colora ses joues sèches et ridées , et la flamme qui traversa ses yeux éteints, trahirent la vivacité

des souvenirs qui se réveillaient dans son ame , et ce fut d'une voix encore vibrante et animée qu'elle commença le récit suivant.

la belle josefe.

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