‹ Doon de la Roche, chanson de geste, pubChapitre 26 sur 62 · Les Légendes épiques, I (i'« édition · texte numérisé non relu

Les Légendes épiques, I (i'« édition

entre le roi, perpétuellement représenté comme un être lamentable, et le vassal, perpétuellement glorifié. Ici encore, l'auteur de F reste bien au-dessous de ses modèles.

Nous pouvons encore signaler un épisode qui tient du lieu commun dans une partie antérieure du poème (v. 171 3 et suiv.) : c'est celui où les bourgeois de Cologne, après la plainte portée par Gonteaume, se mettent en mouvement contre Tomile et Malingre, qui se sont emparés des « dromadaires » des messagers de l'empereur de Gonstantinople, auxquels Gonteaume avait accordé l'hospitalité. Il est assez probable ' que nous sommes ici en présence d'une invention de l'auteur de F. Quel que soit l'auteur de l'épisode, il n'a pas fait preuve d'une bien grande originalité. Nous avons déjà dit plus haut que ce soulèvement des habitants d'une ville contre un chevalier qui, à leurs yeux, s'est mal conduit, est une sorte de lieu commun, qui se trouve dans d'autres chansons de geste et même dans le Conte du Graal de Chrétien de Troyes. — L'évêque guerrier Auberi, oncle d'Olive, nous représente le type ancien du prélat féodal et guerrier; c'est une copie affadie du Turpin de la Chanson de Roland.

Le classement des versions, tel que nous le proposons, diffère notablement de celui de M. Benary'; cette différence est la conséquence naturelle de nos divergences d'appréciation, surtout en ce qui concerne la valeur de la version N. Notre système a sur celui du savant allemand l'avantage d'une plus grande simplicité ; il suppose moins de versions perdues. La partie

1. J5 ne contient rien qui corresponde â tout ce récit de l'envoi des messagers et de leurs aventures ; mais il faut toujours se rappeler que l'auteur de E se permet de grandes libeités avec son original.

2. Voir le tableau généalogique des versions, p. 328 du mémoire de M. Benary.

INTRODUCTION XCIII

de notre théorie relative à l'origine folklorique du thème est naturellement une hypothèse' ; mais si notre tableau généalogique des versions est juste, Doon de la Roche offre un exemple remarquable des formes diverses, de plus en plus compliquées, que peut revêtir un thème de chanson de geste *.

Nous avons jusqu'ici négligé de propos délibéré un témoignage dans lequel on pourrait voir le reflet d'une version perdue de Doon de La Roche, différente de toutes celles que nous connaissons, mais qui nous semble plutôt une fantaisie individuelle de jongleur. Il s'agit de passages relatifs à Doon et à sa femme Olive qui se lisaient dans un renouvellement de la chanson de Doon de Nanteuil, actuellement perdu, mais dont le président Fauchet a pris des extraits qui ont été publiés par Paul Meyer *. On y lit (p. 22 de l'article de P. Meyer) :

1 . On pourrait encore supposer que l'auteur du poème archétype avait présent à l'esprit, non le conte populaire lui-même, mais la forme primitive de la Naissance du Chevalier au Cygne, conservée dans le Dolopathos et dans laquelle, comme nous l'avons vu, ce conte est utilisé et modifié : la coïncidence curieuse que la sœur des frères métamorphosés en cygnes va visiter sa mère, enterrée à mi-corps dans la cour du château, de même que Landri, dans N, découvre sa mère dans la prison affreuse où elle a été enfermée, serait un argument à l'appui de cette façon de voir. Mais la chanson primitive de la Naissance du Chevalier au Cygne était-elle antérieure au Doon de la Roche primitif?

2. On pourrait objecter à notre théorie que, F étant probablement antérieur à l'an 1204, et notre classement postulant deux poèmes français perdus, le poème primitif devrait vraisemblablement se placer avant ii5o. Cela peut paraître une date bien ancienne pour une chanson qui ne contient aucune donnée historique. Mais on pourrait répondre en citant l'exemple de la chanson archétype d'Ami et Amile, qui ne contient pas non plus d'éléments historiques et qui n'en est pas moins fort ancienne, probablement antérieure à l'an iioo (voir J. Bédier, Les Légendes épiques, II, 179).

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