Ici le fragment porte plantai
5. On pourrait dire également que, au lieu de se vocaliser, / tombe.
INTRODUCTION XIX
Ei s'écrit parfois ai : esvailliés (esveilliez) 3529. Il devient très fréquemment of, spécialement devant / mouillée, n, gn et ng : aparoilliés 2761, evoilliés 3484, mervoille 195,782 ; moilleur 33i8, etc., amoine, (ameine) 2918 1 ramoint (rameint) 3418, estroint (estreint) 2976, dointié (deintié) 3io3, poine (peine) 4197, etc.; amome (ameinc) 2g i S, amoingne fameine) 1^02, doingn a {deigna) iS65, Leoroingne 2S\ 6, soigne (seigne) 2235, 2699, 2943, 3542; roiné reigné) 3x5, 3014, voigne (veigne, viegne) i554, i557, voinges (veinges, venges) 1040, voingier (veingier) 1075. — Même fait dans Orson de Beauvais^ Introd. p. xi.
Eaus, du latin ellus, devient souvent iaus : biaulx i25o, 1282 (mais beaulx i235), damoisiaulx i25o, 2677 (niais damoiseaulx y 3o6), piaulx (peaus) i358, mantiaulx 25.
J'ai noté un exemple d'/e, devant consonne, réduit à i: laissirent (laissiérent) 1625.
Oi devient parfois ai : maie (moie, latin m ea), plaier (ploier, plier) 3o88. De même que ai se réduit assez souvent à a, of peut se réduire à 0:70e (joie) 107, 3642, joeux (joieus) 444, ors (oirs, latin hères) 2957. — Le fait se retrouve dans Orson de Beauvais, Introduction
p. VII '.
Ou passe à au da.ns faulx (fous, latin fol lis) 3578. Cette forme se trouve ailleurs.
Nous avons relevé un exemple d'o non diphtongue dans mor 2726, première personne du sing. de l'indic. présent de morir, au lieu de la forme normale muir.
Avant de passer à l'étude des consonnes, signalons encore quelques contractions, qui n'ont rien d'étonnant quand on se rappelle la date du manuscrit : citain (citeain) 3ii5, /«/ (feeil) 2669, gaingne (gaaingne) 18,
I . Je n'ai pas trouvé d'exemple d'ui réduit à u, fait relevé dans Orson de Beauvais. '. ■ ' ,-.;::.:..:.: ,lv w ;
gaingnier, 2535, juglour 104, Loroigne 2385, plust (plëust) 2693. — E protonique, entre deux consonnes, tombe parfois : guerdon 3 1 34, gardon 3326, pour guerredon; chiermant 3148, pour chierement.
Consonnes. — Un fait qui intéresse plutôt la graphie que la phonétique, c'est que c est parfois (très rarement) remplacé par s : sens (cens) 3 1 3o ; nous verrons plus loin la graphie inverse, s remplacée par c, qui est beaucoup plus fréquente. — Lu graphie brance (prononcez branke), pour branche, 1413, est bien connue. — Une graphie qui intéresse la phonétique est mange, pour manche, 3027.
B peut tomber dans le groupe mb : tumeresces (écrit tumerestes), pour tomberesses, 4563, tumé, pour tombé (même vers).
D, entre deux consonnes, peut tomber : panre (pendre) 253, et (prendre) 3585.
G continu passe à ch dans lignaiche (lignage) 700; nous venons de relever le fait inverse, ch s'affaiblissant en g '.
H (aspiration dans les mois d'origine germanique) tombe (très rarement) : iaume {heaume) 3004; on a de même autain (hautain) 3419.
L, à la tin d'un mot, peut tomber : ici i25, ci (cil) 355, si (cil) 355 (?), osté (osiel) 3253; de même à l'intérieur devant consonne : vite (vilté) 2892. — Pour Ir on peut avoir rr : torrai (tolrai) i3i6. — Une forme tout à fait singulière est solmiers 2899, pour sommiers.
N, suivant i dans le corps d'un mot, s'écrit parfois gn, ce qui semble exprimer un mouillement : ignias (iniaus, isniaus) 3703, magnie et maignie (mainie, maisnie) 2374. Même fait dans Orson de Beauvais, Introd., p. XIV ; parmi les exemples cités figure justement
I . Ces faits se retrouvent dans le manuscrit unique de Parise la Duchesse; voir la préface des éditeurs, p. xiv.
INTRODUCTION '^6
magnie, pour maisnie. — On a, de plus, dans le manuscrit de Londres, roigne (rêne) 3014, 3853, et chaingnes (chaînes) 309 1 .
N mouillée peut s'écrire ngn : congnuit 3856, Coulongne \ 12, rongne i i 5, et ro/wg^ne (règne) 3i5o. D'autre part, n mouillée s'exprime assez souvent par in ou inn : Alemaine 2602, broinne (broigne) 3/39, Coloinne 2657, poinant (poignant) 3666, ioinne (lat. teneat) 3747, etc. — Le groupe nr peut se réduire à rr : corrée, pour conreée. 4616.
R^ dans les verbes, s'emploie parfois d'une façon irrationnelle, car on trouve l'intinitif pour le participe : tnivaillier, pour travailliez 3528, esploitier, pour esploitié, 3>5ij, ce qui semble prouver que, à l'époque et dans le pays où le manuscrit fut écrit, l'r final, de l'infinitif ne se prononçait plus.
C est souvent écrit pour s : ces (ses) 20, 3920 et ailleurs, c'i7 's'il) 10, ce (se), 99, 1408, ces (ses, 2* p. sg. ind. pr. de savoir) 3227, etc. Même fait dans Orson de Beauvais, Introduction, p. xiv. — La graphie de c pour s, à la fin d'un mot, explique sanc, 179, 1 169, 1787 et 2637, pour sens. Nous avons déjà vu sanc, pour sans, dans les fragments (ci-dessus, p. xi, n. i); la même graphie se retrouve dans Parise la Duchesse, V. 1616.
S initiale s'écrit parfois se, particulièrement dans le verbe savoir : scai jS, scaii 70, sceit 81 5, 2773, sçavoir 1915 etc.; on trouve aussi \cïe/ (siet, du verbe seoir) 3o86, 3567, 38i3. — S, suivie d'une autre consonne, tombe assez souvent : amitié [dixmsûé) 1 179, aine 3 200, blemie (blesmie) 2715, châtie (chastie) 3oi5, coûtés (coustez, costez) 1174, fut (fust, lat. fuisset) 2849, mainnie [vatsme) 221 1, ponnée (posnée) 4124, etc. Ce fait peut s'expliquer par la date seule du manuscrit, mais ce peut également être une particularité dialectale, car dans le manuscrit unique de Parise la Duchesse,
qui est du xiii* siècle, la chute de l's avant consonne est assez fréquente '. — S, à la fin d'un mot, s'écrit assez souvent x : boix 'iij'h, 3236, 3386, dux 1 1, etc., desormeix 1 8&2, foix 3455, jamaix 2799, moix io3, Parix 12. — Même fait dans Orson de Beauvais, Introd., p. XII. — Parfois, s s'emploie d'une façon irrationnelle : <i^mon«e (aumosne) 3416; cheuste (cheute), 2577; ^^^ (<^i' '^t. habui) 2857 '. — On a noté une fois la chute du groupe st à la fin d'un mot : dona, pour donasf, 2641 .
Une prononciation très indistincte des consonnes finales semble indiquée par la graphie chant, pour champ, 2454 ^
Z issu de f 4" -^ latin devient à peu près toujours s : adoubés 34, consoilliés 3 1 3g, preis 3i 18, orés (orrez) 10, souffres 1292, etc. ; les exemples sont innombrables.
Finalement, on peut observer que le copiste a une tendance à doubler les consonnes : corraige 33oo, donney (doné) 408, pallais 3 121, remesse (remese) 3098, seullementS. taissiés (taisiez) 840, tollir 2g.
Morphologie. — Déclinaison. — Notons l'emploi continuel du cas régime pour le cas sujet. Il est inutile de citer des exemples; il suffit de renvoyer le lecteur aux variantes, relevées complètement, des 1 18 premiers vers du texte.
Conjugaison. — Nous avons relevé redo^ (première personne du singulier du présent de l'indicatif) dans les
1. Dans leur Introduction à l'édition de Raoul de Cambrai (p. Lxxxviii, note 2), P. Meyer et A. Longnon citent une charte de i238, écrite dans la partie méridionale du département de l'Aisne, comme le plus ancien texte à eux connu où se rencontre ce fait.
2. On peut comparer chastive (chative, chetive) dans Parise la Duchesse, p. 29.
3. On trouve champs, pour chants, dans un manuscrit du xv» siècle, cité dans le Bulletin de la Société des anciens textes
français^ III, 86.
"f: INTRODUCTION XXIlt
fragments; nous trouvons, dans le manuscrit, à côté de redou:{ 32 lo, qui correspond au redo^ du fragment, deux autres exemples : men\ i83, raten\ 2799. On sait que ces formes ne sont pas rares ailleurs '. — La première personne du singulier du présent de l'indicatif offre dans quelques cas un e final analogique : doute 3797, loe 4436, prie 341 3, prise 433 1. — La troisième personne du singulier conserve parfois le t final du latin : at looi, ait 1742, et vait (va) 267; de même au futur : pourat 365o, et au prétérit : servit 11. — La forme analogique parle 2674, pour parole, n'a rien d'étonnant, vu la date du manuscrit. - A l'imparfait, amot 44, pour amoit, peut s'expliquer par la réduction d'oi ko. — Au V. 1 208, on lit euissient, pour eussent. — On trouve deux exemples de la deuxième personne du plur. du futur en -ois : seroit (pour serais) 83 et durerais 3009 '. — La désinence -ut de la troisième personne du singulier du prétérit est notée parfois -uit : congnuit 3856. — On trouve -êtes et -estes, pour -astes, à la deuxième personne du pluriel du prétérit de la première conjugaison : melletes ^ooi, chaceste[s] 4005. — Nous avons vu que Ve protonique tombait parfois entre deux consonnes; le même fait se retrouve naturellement dans les verbes : enarbrai 3 106, getrai 2754, getrés 2738, mandrai 3ioi; en revanche, un e est inséré dans averoit 3212. Ici et là ces formes faussent le vers.
L'ensemble des faits que nous venons de passer en revue indique nettement la région de l'Est, et spécialement la Lorraine, comme patrie du scribe; c'est dans le dialecte lorrain que nous retrouvons notamment deux des faits les plus frappants, la réduction d'af à a et le
1. Crien:{ et redou^, v. 160 de Jourdain de Blaie; doins, v. ro63 de la Chevalerie Ogier, etc.
2. Nous verrons plus loin que l'auteur du poème employait les formes en -oif concurremment avec celles en -Cf : en trait peut par conséquent remonter à l'original.
passage d'es initial à a '. La langue des fragments appartenant à M. Lelong présente, nous avons pu le constater, de grandes analogies avec celle du manuscrit de Londres ; pourtant elle n'offre pas une couleur dialectale aussi prononcée. ^i^Ihi
''i. Voir Lothringischer Psalter... Iierausgegeben von Friedrich Apfelstedt, Heilbronn, i88i, p. XVI et XIX de l'Introduction . — Aposer, pour esposer, doit être messin; comp. aposelixe, pour esposalice, chez un chroniqueur de Metz, cité par Godefroy, V APOSELIXE. — L'origine lorraine du manuscrit A'Orson de Beauvais, dont la langue, ainsi que nous l'ayons constaté, présente tant d'analogies avec celle du manuscrit de Doon de La Roche, ne faisait aucun doute pour G. Paris (voir son Introduction, p. III et VII).
INTRODUCTION XXV