CHAPITRE XI
Vidar sentait s'accroître chaque jour son admiration pour Roger. Il avait vieilli , lui aussi , à contempler ce grand caractère ; il n'osait plus lui adresser d'outrageantes paroles ; il s'arrêtait avec respect devant sa sublime constance. Montfort , son ancien maître , était mort ; il s'est passionné pour Roger.
Le temps continuait à fuir. Vidar, par ordre d'Amaury, présente un écrit au captif : c'est une renonciation solennelle à tous ses droits de souverain en faveur des fils de Montfort. Que Roger signe, il sort des cachots. On l'enfermera dans un cloître; et, rasé, le chef sera prêtre.
Le vicomte a déchiré le parchemin sans emportement, et sans trouble.
« — Antoine Vidar ! répond-il : je suis^
H bien ici , qu^on mV laisse. Je m^ suis
» couché pour moin^ir. Geôlier ! nV remue
» ma dépouille que quand tu la verras
» en poussière. »
Et ses paroles sans chaleur tombaient , monotones et lentes, comme des feuilles mortes d^automne dont les gelées ont hâté la chute.
(f — Seigneur vicomte î dit Antoine , si >) vous refusez de signer, on vous menace » du poison ^
)) — Si tard ! a répondu le guerrier , on )) n''a donc pas sevré les Montfort des vieilles )) habitudes du crime. En effet, je suis » véritablement étonné quMls ne m'aient
• Histoire des Albigeois, Paul Perrin, 1. 1, p. 38.