‹ Double règne (volume 2)Chapitre 103 sur 191 · CHAPITRE XVm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVm

lante , se frappait violemment le front , et marchait à pas de géant d'un bout de la galerie à l'autre , sans idée , sans but et sans plan. C'était un de ces momens d'existence dévorante où tous les muscles sont tendus , toutes les facultés dilatées , et où , comme anéanti par excès de force , on vit dix ans en quelques minutes.

<ï — Raymond! dit Hugues avec dou- » ceur ; je plains vivement vos souffrances. »> Votre irritation est juste ; je la conçois , » je la partage ; mais le courroux ne suffit j) pas , il faut châtiment et vengeance. » Conduisez-moi vers la régente! »

L'artificieuse compassion du chef et sa caressante insistance ont manqué leur effet sur Raymond ; le doute est rentré dans son ame.

<( — Non , s'écrie - t - il d'une voix de

» fer ; je ne me laisserai pas entraîner par

» les apparences quelle que puisse être

» leur force ; je ne vous croirai point sur

» parole : montrez-moi vos preuves , mes-

)) sire !

» — J'épiais les pas de la reine. Un )) des varlets de sa maison m'a mis au fait )> de ses projets de voyage, et du rendez- )» vous de la maison forte. Une dépêche » interceptée m'avait appris que le comte » de Champagne ne demandait pas mieux « que d'aller se remettre à la disposition » de Blanche. J'étais en embuscade sur )> la route où devait passer la princesse ; )) je ne sais par quelle fatalité elle est par- )) venue à m'échapper. Mais du moins je )) n'ai pas perdu ses traces : je l'ai pour- » suivie jusqu'ici.

» — En ce cas , répond le jeune comte

Page 1