CHAPITRE XX
» — Mais d^autres vous crient : (( Gou-
» — Le puis-je encore ! mes amis ; )) Henri III , lui seul, règne parmi nous. )) Vous Paviez appelé en sauveur ; il est ac- » couru en tyran. Sa main de fer, pesant sur ') nos tètes, a détruit ici tous nos droits. Il « est le maître, et nous les esclaves. Avons- » nous mérité ce(te honte ? Je n^oserais ré- » pondre : Non. )>
Le roi d'Angleterre, en effet, fier de son nom et de ses titres , traitait en provinces conquises , le Poitou , la Saintonge et la Bretagne. Sa despotique volonté , ne ménageant aucun amour propre, se riait dédaigneusement de tout autre pouvoir que le sien. Villes, forteresses, trésors, il avait
tout ravi aux Bretons, et le pays tremblait 2. 19
sous sa loi ^ Sans courage et sans loyauté, mais plein d'*audace et d^artifice , il se croyait placé par delà Tespèce humaine, parce qu^il s''était mis au dessus de la morale publique. Il se persuadait quUl était éclairé parce qu''il était impie , fort parce qu'il était inique, admirable parce quUl était odieux, il méprisait trop la rébellion pour faire cas de ses alliés ; il prisait trop la royauté pour traiter Coucy en monarque : mais, attisant le feu des révoltes, il se servait de la désorganisation sociale pour dévaster la France, la vaincre, et s^ proclamer souverain.
Les grands seigneurs confédérés reconnaissaient alors, ainsi qu'Enguerrand Pavait prédit , la faute qu'ils avaient commise en
" Voyez les auteurs préoédeinment cités.
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appelant Tétranger à leur aide. Hélas ! repentir trop tardif ! L'avis du prince de leur choix n'avait pu prévaloir parmi eux.
Quel changement au camp de Coucy !
Enguerrand, simple chef guerrier , n'a plus ni cour ni diadème. Les honneurs souverains lui sont aujourd'hui refusés ; le titre éphémère de roi des Français a disparu des ordres qu'il signe. On a même poussé plus loin le complet oubli du passé : quelques suzerains, en secret, sont venus l'engager, comme premier représentant des rebelles, à entamer des négociations en leur faveur auprès du prince légitime. Enguerrand les a écoutés, Enguerrand leur a répondu :
<f — J'étais le chef de votre choix. Je ne » m'étais rendu parmi vous que pour )) être utile à la France et me sacrifier à son
^92 DOliRLE REGNE.
)) bien. Loyalement fidèle à mon rôle, je » transmettrai vos vœux à Louis. Je ne )> songeais ici qu^à vous ; je n^oublierai ici )) que moi. »
Henri III est à Taillebourg. Il n^a entre la ville et son camp , qu^une rivière : la Charente. Un petit pont de pierre à passer quatre hommes de front communique d'un bord à Tautre. Ce pont, défendu d^in côté par un château redoutable, et deFautre par des fortifications imposantes , semble un passage inexpugnable. Cest là que le roi d'Angleterre avec seize cents chevaliers, vingt mille hommes de pied, quelques six cents arbalétriers, et Télite de ses capitaines, attend le fils de France et ses preux ' ; non loin est son armée de réserve.
' 1)»^ Snry , Histoire dr saint Louis, in-'i, l. I,