‹ Double règne (volume 2)Chapitre 130 sur 191 · CHAPITRE \X. 2U · texte numérisé non relu

CHAPITRE \X. 2U

Louis est devant Taillebourg. Il a vu du premier coup d^œil la position avantageuse des ennemis, et les périls qui le menacent. Le prince s'est trop avancé. D^ifFreux marais, placés derrière lui, coupent la retraite à ses braves; en face est une large rivière traversée par un pont étroit que domine un fort invincible. Tout lui prédit revers et désastre.

Mais Louis IX est fils de France : reculer serait une honte ; « Amis ! Dieu et mon )) di'oit ! s'écrie-t-il, » et le héros poursuit ses desseins.

La Charente, sur cette plage, est d'une profondeur excessive, et n'a point de gué

p. 354 et suivantes. — Du Chesne, 339. — Chron. de saifit Louis j c. 13. — Joinville, Vie de saint Louis. — Mezerai, in-fol., 580. — Anquetil, 4 48. — Sismondi , Histoire des Français , t. 7.

praticable. Le prince n'*a pu se procurer que peu de bateaux, tous de petite dimension. Le passage semble impossible.

Les deux armées, au point du jour, se trouvent rangées en bataille ; la rivière seule les sépare. L^héritier de Philippe- Auguste est à la tête de ses troupes. Une foule de preux , par son ordre , entassés dans de frêles barques, se sont précipités vers la rive opposée, à travers une pluie de traits. Pendant ce temps, courant au pont, les troupes de Louis en attaquent les retranchemens; mais, arrêtées par d'effroyables obstacles, elles plient devant Fennemi ; leur première ardeur sVst éteinte; le carnage devient horrible; et la bannière anglaise triomphe.

Le jeune monarque était là. Louis , au fort de la mêlée se jette le fer à la main. Sa voix a rallié les fuyards. Il parvient au fu-

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neste pont : le passage en vain est barré; le héros, sans guide et sans gardes , se fait jour sur Tétroite voie. Bientôt le panache royal flotte à Fextrémité du pont. Il a tout renversé devant lui : soldats , barricades , machines; et le prince est sur Tautre rive.

Mais son armée n'a pu le suivre. Aucun des Français embarqués n^est encore arrivé à bord. Le pont, encombré par la foule , n^a laissé parvenir jusqu^à lui ni cavaliers ni fantassins. Louis, cerné de toutes parts sur la rive où TAnglais commande, n'a que huit guerriers près de lui. Plus de salut : sa perte est certaine : n'importe ! il brandit son épée. Levant un front audacieux , il combat en désespéré. Le fils de France est invincible \

* Les détails rapportés ici sont de la plus exacte

Les huit chevaliers qui Tentourent lui faisaient un rempart de leurs corps. Hélas! le rempart est tombé : les huit chevaliers ont péri.

Le roi est resté seul , sans défense. Les piques , les glaives , les dards , se brisent contre son armure. Il écarte , il dompte , il renverse. Vingt fois on Ta cru prisonnier, vingt fois on Ta revu triomphant. Prince et soldat, libre et captif, ce n^est plus un homme qui frappe, c^est une mécanique qui tue, c'est un foudre humain qui éclate.

La lutte du jeune héros , ses dangers et sa résistance , ont donné des forces surnaturelles aux chevaliers du camp royal ; ils se jettent dans la Charente ; et , à la hâte , tout

vérité. Toutes les Vies de saint Louis sont d'accord sur les batailles célèbres de Taillebourj,' et de Saintes. ( Voyez les auteurs déjà cités. )

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