‹ Double règne (volume 2)Chapitre 132 sur 191 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Coucy, Tinvincible guerrier, n'a point encore combattu : il peut fondre sur les troupes de Louis IX , fatiguées par de longues marches, et dont la force est épuisée. Cette idée a frappé le prince ; il consent à signer la trêve.

Le roi Henri, avant la bataille, s^était cru sûr de la victoire; et, pour en avoir seul tout rhonneur , il avait fait défendre à Coucy de se porter vers Taillebourg , et d'y mêler ses troupes aux siennes. Le camp français, resté devant Saintes, et formant une armée nombreuse , était donc , par ordre formel , resté spectateur des combats. Pour triompher de Louis IX , il suffisait , au dire d^Henri, de quelques cohortes anglaises.

Coucy a vu de loin le désastre. Bien des cœurs français , à son camp , formaient des vœux secrets contre Henri. Le drapeau de

Louis triomphe : Enguerrand regarde et sourit.

La trêve est sur le point d'expirer. Oh! les nombreuses heures qui viennent de s'écouler n'ont point passé sans résultat. Que de messagers inconnus ont porté leurs pas d'un camp à un autre! Entre les preux du roi de France et les guerriers du roi des Français , que de secrètes entrevues ! que de mystérieux écrits î que de solennelles

promesses! L'Anglais pressent sa perte

et frémit.

Qu'est devenu IWgueil d'Henri IH?

Ce monarque n'est plus le même : humble, prévenant , gracieux, il comble Enguerrand de caresses ; maintenant il le traite en prince; il lui demande aide et conseil; il est son frère le plus tendre, son ami le plus dévoué. Quel changement dans son langage !

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Le soldat frmiçais , il Tavoiie , 77' a point son pareil sur la terre : c^est le plus hrave entre les braves. Si , pour sa cause , aux plaines de Saintes , V illustre Coucy t'eut comhattre , plus de désastre à redouter j Louis expieia avant peu le triomphe de Taillehourg . Enguerrand écoute et se tait.

Suprême arbitre des deslins, il a repris sa toute puissance. Son titre de roi lui est rendu : le fier Anglais est à ses pieds. Tous les intérêts, toutes les vanités, toutes les peurs se rallient autour de lui : il est leur refuge sauveur. Ses légions lui sont dévouées; et, malgré bien des défections, elles s^étendent formidables. La victoire, sous ses drapeaux, est prête encore à lui sourire.

Il a rassemblé les principaux de son armée sous une immense tenle dressée à Tex-

treniité de son camp. Ses cohortes sont sous les armes. Quel appareil majestueux I que de figures martiales ! Un de ces événemens merveilleux que le grand homme impose à son siècle était pressenti par les braves.

La tente était resplendissante. Le Roi des Français est debout au fond de Tenceinte guerrière. Une couronne d^or , placée sur un trépied d^ argent , est à sa droite auprès de lui. Le chef, armé de toutes pièces , est appuyé sur son épée. Non loin flottait son étendard : les armoiries étaient sans devise ' .

« — Nobles guerriers I dit le héros , » voici le royal diadème que vous m'offrîtes

' Le cri de ses braves était » Coucy à la merveille! r, — Tristan le voyageur, Marcliaiigy , t. 1 , p. i9iî. — Doublet, Antiquités de Saint-Denis , 1. I, c. 17.

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