‹ Double règne (volume 2)Chapitre 142 sur 191 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

maine, il ne ressaisissait nullemenl la vie comme un bien, il la traînait comme un ennui.

Tel qu'une cendre ancienne et froide, qui ne recèle et ne reçoit aucun feu , il n'*avait plus de jet, plus de sève. Son regard , languissant et vague, était d'une inexpression complète. Plus de touchantes paroles sur ses lèvres ; plus de fraîches idées dans son ame ; plus de fortes émotions dans son sein. On eût dit que haine et amour, sentiment , souffrances et joies , ayant tout porté à Fexcès , il avait, en lui, tout dissous.

Bien qu'il se fût , en quelque façon , défendu la réflexion et le souvenir, il avait néanmoins pris la détermination de se rendre au camp de Coucy. Était-ce par amour de gloire , par retour d'amitié , par pensée

de devoir? Non ; c'était uniquement par in- 2. 2!

stinct de curiosité , pour marcher en avant au hasard , pour tout laisser derrière lui , pour tout regarder et tout fuir.

Oh I devait-elle être durable , cette apathie profonde et sinistre? Hélas! au

printemps de la vie , le sang peut se glacer dans les veines ; mais alors , de force ou de gré , la glace même y est une flamme , Timmobilité y bouillonne ; un rien y précipite les sens d^une exagération à une autre. L*'anéantissement de la mort y naît du trop plein de la vie , et les contrastes y dévorent.

Raymond , suivi de son esclave , sortait, armé de pied en cap, du toit hospitalier de Clotilde. Un guerrier, à bouclier noir, se présente à lui et Farrête.

« — Ou vas-tu , comte de Toulouse? »>

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