CHAPITRE XXn
« — Je vous suis cher , nVst ~ il pas )» vrai ? . . . . continuait Theureux amant. » Oh ! je voudrais être pur et sans tache » comme les esprits éthérés pour avoir le )) droit de vous dire : Marie I je suis '^igne » de vous. Hélas î ce droit m'est refusé : » mais j^ai néanmoins quelques titres : j'ai » tant souffert et tant aimé î
» — Depuis notre séparation , lui ré- » pondait la jeune fille : que j'ai passé de )) nuits en prières ! Les mains levées vers » le Seigneur, je n'avais qu'un nom sur mes )) lèvres.,., ne me demandez pas lequel.
« — Et Dieu ne s'en est point offensé ! >) c'est lui qui nous rend l'un à l'autre !... » Oh ! béni soit ce Dieu clément I
» — Relevez-vous donc, chevalier !
)) — Non , ma noble dame ! je ne le » puis. Vous allez être à moi : Dieu le
352 DOUBLE REGiVE.
» permet; il me parle par votre bouche.
» C'est le front prosterné qu'il faut rece-
» voir les grâces du ciel : je veux les ac-
» cepter à genoux.
>* — En ce cas , à genoux tous deux ! »
Oh ! à Tàge des passions , ce sont de pareils mots qui font de la vie , malgré ses douleurs et ses mensonges , un bien suprême auquel on s'attache , un trésor précieux que Ton garde , une magie dont on s'enivre.
Le cœur qui n'a jamais souffert, que peut-il comprendre au bonheur î . . . . Le guerrier et la jeune fille avaient trop cruellement acheté leur félicité pour n'en pas connaître le prix , et n'en pas savourer les joies. Larmes, terreurs, et désespoir, tout cela c'était le passé. Amour , espérances , délices , tout cela c'était le présent.