‹ Double règne (volume 2)Chapitre 165 sur 191 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Une lampe , encore allumée , éclairait la chambre funèbre. . La figure de Raymond , se reflétant dans un miroir d^acier poli dressé en face de lui , Va. presque épouvanté de lui-même. Sa peau a les couleurs du cadavre ; on le croirait à Fheure suprême.

Il s'est élancé vers la porte : elle est doublée de fer en dedans ; elle est ^ errouillée au dehors. Nulle autre issue; point de fenêtres. Une meurtrière , creusée dans la muraille , à une énorme hauteur , est inaccesible et grillée ; de tous côtés le roc et le fer. On tue à quelques pas de lui; on commet quelque crime horrible : la victime, c'est Marie ; elle Pappelle, il Tentend, et tout secours est impossible. L'infortuné jeune homme est captif.

Les cris redoublent.... on les étouffe.

D'aigus et de déchirans qu'ils étaient, ils de- 2. 21

viennent par degrés sourds et lugubres. Ce ne sont bientôt plus que les derniers gémissemens d^une effroyable agonie. Raymond, dans un délire frénétique , frappait de son front les murailles , avec un de ces étranges rires dMronie et de pitié que le jouet d'une destinée farouche s'adresse parfois à luimême. De ses poings violemment contractés il cherchait à briser la porte de fer qui le retenait prisonnier. Ses lèvres se couvraient d'écume. Tout ce qu'il y avait d'immensité dans sa rage et de bouleversement dans son désespoir imprimait sur son visage ardent une expression fatale et gigantesque. Les douleurs énergiques de Prométhée déchiré par le vautour se manifestaient avec moins d'horreur , au sommet du mont Caucase , sur les traits du supplicié. Tantôt , se persuadant qu'il était la dupe de quelque fantasmagorie satanique, il remplissait Tair

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