ÉPILOGUE
Et ces paroles du héros, plutôt soupirées qu'articulées , étaient à peine intelligibles.
{( — Pardon 1 répète encore la jeune )) fille : pardon, si mes yeux répandent des » larmes. Vous aussi , vous Tavez pleuré !
» — Oui : mais rien n'allège vos peines. » Vous n'appartenez qu'aux regrets. Mort, » il a tué votre cœur.
)) — Ne soyez pas injuste , messire ; j'ai
» déjà bien vaincu ma douleur. Je puis
)) maintenant parler de lui. IN e l'avez -vous
)) pas remarqué? ma voix n'est plus aussi
» plaintive : j'écoule les consolations : ma
» bouche a retrouvé le sourire : je vous
» entends et vous réponds. Non , la pauvre
» aveugle n'est morte , pour vous , ni à
)) la pensée ni au sentiment. Je sais ce que
» vous faites pour moi, la reconnaissance
4tO DOUBLE llËGiVE.
)) est au fond de mon ame : mes pleurs
» n^ont , pour vous , rien dMngrat. Quand
» vous êtes là, Enguerrand ! je ne murmure
)) plus contre la destinée , je ne me trouve
)) plus si malheureuse ; vos regards , bien
» quHls ne peuvent plus rencontrer les
)) miens , n''en arrivent pas moins à mon
n cœur ; si je ne les vois pas , je les sens ;
» quoique muets pour moi , ils me parlent ;
» ils me réchauffent et je vis.
» — Ah ! s''écrie le chef attendri , il fallait » ajouter : et fai?ne. »
Mais le mot si tendrement imploré n'a pu échapper des lèvres de la belle et douce victime. Enguerrand , presque à ses genoux , eût donné vingt ans de sa vie pour un seul regard de tendresse : Marie ne pouvait que Tentendre.