‹ Double règne (volume 2)Chapitre 24 sur 191 · CHAPITRE XU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XU

» son funèbre. Premier linceul , pour lui , )) le silence ; et puis le vrai sépulcre : » Voubli. )^

» — Raymond! j^ai aimé comme vou^ » J^avais espéré , un moment , que Marie et » moi nous pourrions, couple fortuné, » nous donner doucement la main pour » traverser ensemble la vie.... Permettez- » moi la plainte à mon tour. Vous reçûtes » un coup terrible , je le sais , ]'j étais » présent; mais le mien fut-il donc moins )) rude? Le génie funeste à tous trois qui , » entre nous, à Timproviste, sVst levé lu- » gubre et sinistre comme Poiseau de nuit » qui , dans les champs de Fespace , ne sait » où il repliera ses ailes , l'invisible génie » du mal ne m'a-t-il pas crié en passant : » Tu 71^ es point aimé y toi! regarde. Ray- » mond ! j^ai regardé et j^ai vu : un autre )) avait le cœur de Marie.

)) — Un autre I messire Enguerrand.

» Oh ! prenez-y garde , un tel mot !

)) — Oui , reprend Coucy avec calme , un » autre a le cœur de Marie ; et c'*est Tamant » aimé qui murmure.

)) — Quoi I vous avez vu? vous pen-

» sez?....

i> — Je fais plus 5 Raymond , je le dis. » Celui qu^on préfère , c^est vous.

» — ' Ah ! s'écrie le comte hors de lui ,

» sous quelle zone de feu suis-je né!

)) Ce qui devrait me ravir, m'accable. Votre

)) parole est un poignard; il n'en est pas de

» plus aigu. Messire ! au nom de Dieu !

» laissez-moi. Marie Tauriez-vous ou-

» blié? elle est la fille de Montfort, et j'ai

)> juré la mort de son père ! Elle m'aime,

>» vous le croiriez? Malédiction! pour-

» quoi le dire!

CHArriRE XII. 55

)j — Puisque je supporte la vie , f accepte » ses nécessités : ce sont tes paroles, jeune )) homme. Sache donc les mettre en pra- » tique.

M — Enguerrand ! explique-toi mieux :

» tu renonces donc à Marie ?

« — Oui : si ton cœur revient à elle. )» Non : si vraiment tu Fabandonnes.

» — Et si je renonce à sa main , tu » la conduirais à Fautel?

)» — J'ai promis de lui obéir : je pren- )) drais ses ordres , Ravmond.

» — Tu crois donc aux mots qui en- » chaînent ! Tu me dictes là mon arrêt.

» — Insensé! ne peux-tu comprendre I .. .

» — Assez : ne parlons plus de Marie. Je y ne yeux plus rien penser , rien croire :

56 DOUBLE RÈGiNt.

)) j'attendrai. Je veux vivre absent de moi- » même. Que deviendrai-je ? Où ira-t-elle ! » Favenir en décidera. Ne t^imagine point » que , par ces mots , je cherche à émou- » voir ta pitié : ce serait lâcheté : Dieu » m'en garde. Finissons-en, messire....

)) mon prince. Nous ne sommes pas au )> camp de Corbeil pour régler querelles )) d'amour : je n'ai voulu venir près de vous » que pour traiter affaires de guerre. Je » suis homme d'armes, soldat; vos ordres, >> s'il vous plaît! et je pars.

» — En effet , répond Coucy froide- » ment , je ne t^ai mandé que pour te » charger d'une mission importante à mes » intérêts de monarque ; je te remercie de » m'avoir rappelé qu'il était ridicule à moi » de m'occuper de ceux d^un frère d'armes.

)) — Votre mission , seigneur ! je suis

Page 1