CHAPITRE Xn
« — Raymond ! continue Enguerrand , )) ne m'as-tu pas rappelé à Pinstant même )> tes paroles solennelles de la maison fotie : » Coîys et a7ne je t"^ appartiens! »
Le jeune preux reste muet. Son ame était tellement tendue à la souffrance , que rien alors ne la faisait plus vibrer. Ses gestes étaient effarés.
« — Qui veut la fin doit vouloir les
)) moyens : reprend le sire de Coucy avec
)) un flegme glacial. Selon les dogmes po-
» litiques , quand on ne peut arriver au bien
» que par le mal , il faut du mal se faire un
» devoir. Le système qui m'a élevé sur le
» pavois est nécessairement celui qui doit
)) m'y servir de guide : ce qui crée peut seul
)) faire vivre. Tu m'as poussé à prendre
" l'élan , reculer ne m'est plus possible. 2. ô
» Si , par scrupule , astuce ou frayeur , » j'allais aujourd'hui fuir mes drapeaux, » je serais idiot, félon ou lâche.
)) — Non , je ne te dirai pas : Recule,
n Enguerrand ! va ! presse ta marche. Je
» ne puis admettre qu'une partie puissante
)) de la nation n'ait pas eu le droit de se déli-
» vrer d'un joug oppresseur, et de se pren-
» dre un chef digne d'elle : tu régneras, la
» France le veut. En vain quelques vieux
» préjugés , cherchant à servir d'étais à
)) une maison qui s'écroule , trompent les
» masses ignorantes : nos paroles , en jets
» de flamme , désinfecteront l'opinion pu-
)> blique et balaieront les immondices ; mais
)) il faut naviguer en braves et non louvoyer
» en pirates. La voix du peuple a prononcé,
)) que l'épée du soldat décide. Ohl ne dé-
» gradons pas notre cause par de flétrissan-
)» tes manœuvres; que nos succès soient