‹ Double règne (volume 2)Chapitre 37 sur 191 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Et son regard vif et perçant poursuivait le regard du comte.

« — Reine ! je vous devancerai , répond )> le paladin interdit. Quant au message de » mon chef, je ne suis point initié au secret » qu''il renferme , et j'y dois rester étran- » ger. Permettez que je me retire.

» — Non, chevalier, reprend la Régente » avec un irrésistible sourire ; je vous con- )) damne encore à m^ entendre. JVi à vous )) parler de vous-même , des malheurs de )» votre famille....

)) — Eh ! qui les a causés , ces malheurs ? )) interrompt le comte avec feu. Sans le roi )) votre auguste époux , Montfort eût-il

)» vaincu à Toulouse? Vous avez vu les

») miens succomber; vous étiez au camp de

84 DOUBLE RfeGNE.

)> Louis '. Qui retient mon père captif? Qui

» garde ma sœur en otage? Qui me force,

)) soldat proscrit , à errer loin du sol natal ,

» sans héritage et sans asile ? la maison

)' royale de France. Pardon! madame, je

>» m'arrête; ma juste fureur, malgré moi,

)♦ pourrait mVmporter loin des bornes —

» Mais aussi v^ous Tavez voulu ; je me serais

n gardé, moi , en ce Heu , d'un pareil sujet

)» dVntretien. Souffrez que , ma mission ter-

» minée , je retourne au camp de 7?}o?i prince.

^) j'appartiens au roi des FfYinçais. »

Un nouveau sourire , où une ironie sans amertume se mêlait à un reproche sans courroux , entr'ouvre les lèvres de Blanche.

'( — Comte Raymond! lui répond-elle,

Mc7.erai, iii-fol. , t, i, p. 56^2.

ClIAPITRl: XllI. Si

)) votre père irest plus captif; j'ai brisé » moi-même ses fers ' , et je puis lui rendre » son sceptre.

)' — Se peut-il !

)) — Quant à votre sœur: Jeann€ est près » de moi , à ma cour; et , sous peu de jours, )) par mes soins, elle épouse un frère du roi ^ .

» — O reine ! ai-je bien entendu ! Jeanne )» deviendrait votre fille ? Ma sœur 1 où est- » elle?

)> — Ici même.

)) — La verrai-je?

» — Elle vous attend. »

' Voyez les aiUoiirs déjà <rif " Vovez tous les his»()rien>.

La Régente s'était levée.

« — Comte ! suivez-moi , poursuit-elle.

)) Je désire , avant que vous retourniez aun près du roi des Français , que vous voyiez » le roi de France. »

Et Blanche lui tendait la main.

Qu'elle était belle en ce moment ! Il y avait à la fois , dans sa vue et dans son langage, enchantemens pour les yeux et prestiges pour rima gin ation. Une reine si magnanime ! une mère si dévouée ! une femme si ravissante ! oh! c'étaient, réunies ensemble, trop de puissances à combattre. Raymond, vaincu, courbe la tête; il porte avec respect à ses lèvres la main de Blanche de Castille ; et , €bumis , confus , il la suit.

Page 1