‹ Double règne (volume 2)Chapitre 73 sur 191 · CHAPITRE XYI. Ifi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI. Ifi

chef, tombés dans une sorte de somnambulisme moral, croyaient voir tourner autour d^eux église , bruyères , tombeaux , comme une ronde de sorciers. Ils parlaient sans être entendus , et s^igitaîent sans remuer. Il leur semblait que, malgré leurs etForts , entrâmes vers un abime sans fond , le vide attractif était au moment de les saisir. Aucun d^eux n'osait, dans cette lugubre orgie des sens, se précipiter hors du rêve. C^était comme un essai de la tombe : on eût dit un jeu de la mort.

Et Guitana chantait encore.

Un éclair brûlant et rapide a sillonné le firmament. Le vent tourbillonne dans Tes- [)ace. Les dogues du camp ont hurlé. Des reptiles immondes , à dards venimeux, poussant des silïlemens aigus le long des murs du cimetière, en froissent violenuncnt

les hautes herbes ; et, sous la flèche de Téglise , la cloche funèbre a tinté.

A la lueur de la tempête, les inscriptions des marbres sacrés ont flamboyé dans les ténèbres; Téglise, comme un noir fantôme, a paru monter vers les nues. La croix du monument a grandi. Les statues saintes se balancent. L'orage est sulfureux et sec. La terre tremble... Dieu était là.

El Guitana chantait toujours.

Tout-à-coup, ô nouveau prodige ! les sons de la mandore espagnole viennent de se mettre à Tunisson avec le glas de Pairain religieux. Le mélodieux chant de la fille arabe, mourant par degrés sur ses lèvres , a changé de rhythme et de notes. Un

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