‹ Double règne (volume 2)Chapitre 74 sur 191 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

psaume y est subslitué. CVst le Dies irœ quelle chante.

Un déchirement horrible, à échos prolongés, réveille en sursaut les bandits : la foudre a fendu les nuées. Un long serpent de feu , à rayons violacés , apparaît aux yeux des convives. Il a fait le tour de la table : il se glisse, il joue, il s^enfuit.

Une odeur pestiférée succède à la clarté fantastique. Un arbre voisin est brisé. Les mets ont pris des teintes bleuâtres ; et le cierge de Pâques s^éteint.

(( — Grand Dieu ! sVst écriée Bernar- )> dine , regardez ! regardez le prince ! »

Hugues s^élanceyers son maître. Eudes, paralysé de tous ses membres , a le visage livide et plombé du cadavre que le fossoyeur va ensevelir. Ses veux, étrange-

ment ouverts, ne peuvent plus se refermer; ils sont fixes et sans regards. La moelle est pétrifiée dans ses os. Un rire insolent et funèbre est pour Féternité sur sa bouche.

Frappé d'immobilité dans son siège , il voit, il écoute , il entend : ce sont trois supplices ensemble. Le misérable existe encore , et pourtant il sent qu'il n'est plus.

La tourmente n'a point cessé. La consternation est au camp des rebelles qu'a foudroyés le juge suprême. Eudes, porté sous une tente, épouvante ceux qui l'approchent. On a écarté Bernardine.

L'infortunée , à quelques pas du lieu fatal où le prince est à l'agonie , s'est prosternée le front contre terre.

Page 1