‹ Double règne (volume 2)Chapitre 77 sur 191 · CHAPITRE XVIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIÏ

)) — Etait-il au conseil de guerre?

» — Il le présidait en personne. Et qui )» plaidait ta cause ? Devine !

» — Je ne sais.

» — Le prince lui-même.

» — Qu'entends-je !

» — Il parlait , foi de brave ! aussi élo- » quemment qu'Abraham à je ne sais quel » ange, quand on voulait tuer son poupon. » Tu vivras , je f en félicite ; car , entre » nous , chose certaine , le suaire est un » vêtement disgracieux. Je sais bien que , )) nonobstant Tafifaire jugée , tu avais d'au- » très peines au cœur : on t'a escamoté » une belle ; la belle s'appelait Marie ; tout » cela m'a été conté ; la chose a du fà- » cheux , j'en conviens ; mais , crois-moi , » si l'amour t'est chose indispensable , rien

)) n'est moins rare qu'une amante ; il faut

» le faire heureux quelque part , nim-

)) porte où , de façon ou d'autre , et cela

» sans perdre un instant ; car le bonheur

» qui court ventre à terre au milieu de

» nous , a si peu de prise ici - bas que

» c'est chance miraculeuse de pouvoir

» l'arrêter un laps de temps quelconque.

» Ce n'est pas , du reste , sa faute ; car il

» n'a, dit-on, que le droit de passer sur la

» terre, il n'est pas autorisé à y faire halte. »

A ces mots prononcés d'un ton caustique et badin , le comte de Toulouse eût voulu répondre par quelques-unes de ces paroles banales qui tombent des lèvres sans avoir nul rapport avec l'ame , mais sa langue restait glacée. Robert avait parlé de Marie ; et , au fond du cœur de Raymond , c'était la pensée vierge et sacrée que

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