‹ Double règne (volume 2)Chapitre 78 sur 191 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

le langage profanait , le sanctuaire caché où nul n^avait droit d'entrée. Robert , osant frapper, de ses railleries , la solennité de son amour, avait , chez lui , souillé Tarche sainte.

Brienne , dont Tame était tout entière dans la tête, comprenait néanmcdns le cœur d'autrui , bien que le sien , usé , lui manquât. Il a remarqué Fimpression qu'avait produite sur Raymond la légèreté de ses propos.

(( — Ami toulousain ! reprend-il : je te

» parais fou, n'est-ce pas? car, taujours

)) franche et d'allure hardie , ma langue

» étale mes idées , comme un firmament

» ses soleils , à tout hasard , aux champs

)) de l'espace. Que veux-tu? c'est là ma

)) nature. J'ai bonne humeur à poste fixe;

» mon étoile le veut ainsi , supposé que

» j'aie une étoile. Raymond ! si couimc 2. 12

» je me le persuade parfois , la démence )) a ses élans comme la sagesse ses hau- » teurs , ma folie a si bien gravité qu^elle » me fait présentement Teffet de planer » au - dessus de ta raison. La raison ! » c^est si terre à terre. La folie ! c^est )) si volatil. Tu te traînes , je fends les » airs.»

Le prisonnier n''écoutait plus.

(( — A propos ! continue Robert , sais-tu » ce qui se passe aux camps ennemis ? C^est » curieux à méditer. Quant à moi, qui avais la » prétention d^ncruster ma figure dans le » monument qu^on cherche à édifier et qu^on » appelle trône électifs je commence à avoir )) peur que la bâtisse ne croule. Ceci soit » dit sans rire, entre nous : le grand roi des » Français rapetisse, et le petit roi de France » grandit.

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