CHAPITRE XVII
que sa pensée s^y égarait. Il change brusquement d'entretien . \
<( — Ne discutons plus : passons outre. » Enguerrand ! je n'en suis plus à ces temps » de jeunesse pure , où mes jours calmes et » sereins, se donnant la main en joyeux com- » pagnons , passaient rapides et sans tache. » Vois les sombres plis de mon front ! tout )) en révélant les angoisses , n'accusent-ils » point les remords?... Je ne sais, mais au » fond du cœur, je sens que tout en moi se )> déchire , que tout s'éparpille et se vide. Je )) cherche en vain un terrain ferme ; tout )» m'effraie : je n*ai plus de base. J'ai peur de » moi , j'ai peur de toi-même. Hélas I pour » aimer ses semblables , faut-il donc , en » les approchant , se préserver de les con- )) naître!... Qui étudie se désenchante; et )> qui se désenchante, hait.
)) — Raymond î tes souffrances l'aveu-
» glent. Celle que ton cœur a aimée
» — Fut aussi Tobjet de ta flamme. Enguerrand ! ne parlons plus d'*elle , ou l'amitié finira par me devenir plus insupportable que la haine. Je te le dis avec franchise , j'aurais tout oublié pour cette jeune fille , gloire , nom, fortune et patrie; lorsqu'elle était là , près de moi , tu n'étais plus rien : le sais-tu ! Souviens-toi que je te l'ai ravie , qu'elle a reçu mes vœux malgré toi, et qu'elle m'appartient, bien qu'aucun prêtre ne nous ait unis, parcequ'il y a en amour des paroles murmurées dans le silence , des pensées entendues dans le soupir , et des sermens échangés dans le regard qui sont de saintes fiançailles. Oh! songea tout cela, noble chef.
Né place les sentimens d'affection que là où ils peuvent être dignement reçus. Marie