‹ Double règne (volume 2)Chapitre 86 sur 191 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

» pieds. Regarde ? j'^ai là une lettre : j^ai » promis en quelque sorte à la régente )> de remettre cette lettre au duc de Bour- » gogne. Qui sait ce que contient la dé- )> pêche!... Elle peut devenir funeste au » héros de la ligue : je m'*en suis néan- )) moins chargé. La voici : Blanche m^inté- » resse : Raymond lui tiendra-t-il parole?... )> L'héritier de Philippe-Auguste a ébranlé » mes convictions : je suis tout prêt à te » trahir. QuVn penses-tu, mon frère d'ar- » mes ? ))

Un sourire étrange où la compassion se mêlait à la rêverie et Tembarras à Faffection , effleure les lèvres du prince.

<( — Raymond I tu voudrais m'irriter. Tu

» crois peut-être pouvoir user ta souffrance

)» et te décharger de sa pesanteur en me

» la jetant violemment , comme un dard 1>. 13

» venimeux , dans d\'ïudacieuses franchises

n et en manière de défi; tu ne saurais y

j) réussir. Ton cœur, en ses replis secrets ,

» me dit d^autres mots que ta bouche; et

» pourtant, je leur rends justice, tous deux

)) ont horreur du mensonge. Tu t^es chargé

)> d'une lettre de la régente pour le duc de

)) Bourgogne : eh bien ! porte au camp

)» ton message. Pourquoi en prendrais-je

» souci ! Agis en toute liberté ; je n'ai le

» droit d'enchaîner ici ni les volontés ni

» les consciences. Je ne m'écarterai pas

» de la ligne où m'a placé ma position.

» Je puis être mal jugé présentement par

)) une partie de mes contemporains , mais

ta

» l'avenir me sera équitable. Ce n'est , du )) reste , qu'au bout de sa carrière et au » bord du tombeau que l'homme, au tri- )' bunal de ses frères , doit être absous ou » condamné. La terre est presque toujours

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» juste , alors que , pour réteniité , le ciel » va Têtre plus encore. »

Le calme et la dignité de ces paroles ont apaisé comme par enchantement Pardente fougue de Raymond. Ses yeux s"'obscurcissent de larmes ; et sa colère tombe éteinte .

<( — Je vais brûler cette dépêche , ré- » pond-il lentement et d^une voix émue. )) Enguerrand ! je reviens à moi. Par- » donne ! ma tête brûlait. Oh ! c^est que )) la vie m^est si amère. Mais , cependant , )) vouloir une destinée sans orages , ce se- )) rait plus que folie , ce serait lâcheté. )) Hélas ! je n'ai malheureusement pas un )) cœur à me faire de Tinsouciance un » second courage; et puis , il ne faut point » s'abuser , je n'ai pas été assez grand dans )) la vie pour que le ciel et loi me par-

» donniez le désespoir. N'importe ! rends- )) moi Ion estime. Tu dois être indulgent » pour les entrainemens au mal , dont t'a » exempté la nature. Je t'admire, Enguer- )) rand ; je t'aime ; c'est dire , je tremble )) pour toi : car, vois-tu ! ton poste est bien )) haut : c^est un roc entouré d'abîmes. Tu >» as inquiété bien des ambitions , dérangé M bien des avenirs. L'envie a de puissantes » attaques. Tous les mortels ne se sentent )) pas disposés à mettre pavillon bas de- )) vaut le génie. Et puis, la royauté légi- )) time a vraiment aussi des prestiges ; j'en ;) ai subi moi - même le charme. Déjà , 5) dit- on , au camp de Corbeil , plus d\ui » regard tourné vers Paris , salue de loin » le fils de France.

)) — Eh ! crois- tu donc (jue je l'ignore ! i> a repris tranquillement le sire de Coucy.

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