CHAPITRE XVIIl
était fermée. Raymond toutefois , réunissant Tadresse à la force, parvient à pénétrer sous ses murs. Ses pas ont déjà retenti dans la grande salle de justice^ où les voyageuses le suivent. L'esclave y allume un bon feu ; et quelques vieux flambeaux de cire, trouvés çà et là par le Maure , achèvent d'éclairer Fenceinte.
Le frère d'armes d'Enguerrand, dans cette même galerie où il entra naguère en habit de pèlerin , jette un regard curieux sur les nouvelles arrivantes : mais la dame , dont le comte de Champagne a si respectueusement baisé la main , n'a point ôté son masque ; et sa compagne, enveloppée d'une mante noire , cache soigneusement son visage.
Quelle est cette étrange aventure ! . . . . 'La conférence solennelle que Thibaut , selon
214 DOULE RÈGNE.
les paroles d^Enguerrand, devait avoir au Val des Ombres avec un personnage de la plus haute importance, allait- elle tout simplement se réduire à une intrigue d^amour? Le tête à tête politique n'*est-il qu^un rendez-vous de plaisirs? Quelle est cette inconnue , sans escorte , au port noble, élégant, et jeune, qui de nuit vient trouver Thibaut au fond d'un castel solitaire? Est-ce là Tallié puissant, le haut et sage diplomate, d''où dépend le sort du
royaume? Oh! il y a là évidemment
mystifications et mensonges. Coucy s'est-il joué de Raymond ?
Le comte de Champagne a lu sur les traits du Toulousain les divers sentimens qui Fagitent ; il s'avance vers lui ; et, prenant TEternel à témoin de la véracité de ses paroles :