CHAPITRE VllI
)> si j\ii dard, n\i-t ou pas épée. Je suis >■< prêt à répondre de mon venin à qui le )> trouvera corrosif. Au reste , à en croire » certains docteurs , Phomme , piqué par » un scorpion, ou autre ennemi de ce genre, )) est immédiatement guéri sMl peut sVn » plaindre à Poreille d^un àne : or , pres- )• que tous nos frères ici , en cas d^atteinte )) empoisonnée , ont à côté d'eux leur re- » mède \
» — Robert , le vin te porte à la tête. » — Raymond, la vérité dans le vin. »
Le repas a duré long-temps. Déjà le soleil se couchait. Des varlets, à grande livrée , se plaçant côte à côte , le long des
' Moiileil , Histoire dcx Français au XIV' siècle , t. 1, p. 280.
murailles de la galerie , élèvent chacun à leur main des torches de cire allumées. A cet éclat éblouissant, la joie des convives redouble. Orfèvreries, armures, hqueurs, tout scintillait au feu des lumières ; et, sous des nuées dUiarmonie , les bannerets émerveillés , tout aux délices du festin , se laissaient aller doucement aux flots où se perdait leur raison.
<( — A propos! Raymond, ditBrienne, )i je n^étais pas à votre assemblée secrète ; » on y était grave sans doute. Qu'il devait )) y avoir là de plaisantes figures ! car , ne » t^ trompe pas , bel ami ! bien des haines )> envieuses s'emmiellent ici de cajoleuses » paroles. As-tu ouï le cri des patrons : » Tout au bien public! jonglerie. La sub- » stitution de tête couronnée , dont Pidée )i est arrivée à leur cerveau , à ce qu'ils dé-
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» clareut, pour le, bonheur de la nation,
') sera faite bien au contraire, moquerie
n amère et sanglante, contre Pintérêt du
» pays . Tu m'en diras un jour des nou-
» velles. »
Robert avait baissé la voix de manière à ce que ses dernières phrases ne fussent entendues que de Raymond ; il continue gaîment et sans gêne :
«( — Or ça, nous parlons cette nuit:
» Dieu sait ce qui en adviendra. Quant à » moi , je me réjouis d^avance des catastro- » phes qui se préparent , n'importe de quel )) côté; car, en guerre comme en amour, » je veux des émotions à tout prix : cVst » Paliment qu*'il faut à mes flammes. Cala- » mités chez seigneur Mars , désastres )i chez, dame Vénus , douleurs mélangées
» de plaisirs , succès qui mentent au public,
)) joies qui se trompent elles-mêmes , tous
' ces jouets , de formes diverses , sont né-
)> cessaires à la vie pour en fouetter la lon-
" gue enfance. Creusée par la monotonie ,
» la véritable tombe est Tennui. Edifications
» et ruines, fêtes et désolations, tout me
> parait bien , tout est bon , là où il y a
') mouvement et bruit , désordres et com-
» motions. Le néant réel , c^est la paix ; l'art
') d'étourdir sans fin sa nature est le génie
» de l'existence.
» — Quelle morale ! a dit Raymond. Et ') l'héroïsme et la vertu?...,
» — Fadaises ! interrompt Brienne. In- » sensé qui croit à la gloire ! Les noms fa- » meux , pour la plupart , éternités d'une )> semaine, tombent engravois au cercueil, » comme un terrain pierreux dans la fosse.