CHAPITRE J
à-cou]) vers un jeune pèlerin qui les avait suivis jusque là sans avoir Tair de prendre part à leurs discours el sans proférer un seul mot: puis, le saluant d'un air courtois, et tirant à demi son bonnet, il lui parle au nom de la troupe.
(( — Cest ici: beau sire ! en avant. »
Et, se rangeant avec respect pour lui faire passage, les ouvriers et pâtres du canton placent Fétranger à leur tête.
Ce dernier , de forte stature , s'appuyait sur un long bâton peint en rouge au haut duquel pendait une gourde. Sa robe de drap, ample et longue, était celle d'un pèlerin. Quelques coquilles étaient attachées au collet de son habit ; et un ruban de chamois, retenu par une boucle d'^acier, serrait gTacieusement sa taille.
D'où venait ce jeune inconnu? de contrées lointaines, sans doute; car, la veille, ar-
rivé à la nuit tombante au plus pauvre hameau de la vallée de Coucy, il lui avait été impossible de continuer sa route. Exténué de fatigue, il s'était vu contraint de demander rhospitalité au logis d'un vieux laboureur ; puis, là, accueilli comme un frère, il avait recouvré ses forces.
Ce jour même, André du Lac, capitaine de routiers, recruteur de soldats, envoyé du comte de Montfort et du légat de Rome , avait traversé le canton. Froidement reçu au castel d'Enguerrand, il n'y était resté que peu d'heures ; et, poursuivant plus loin sa mission, il s'était remis à parcourir hameaux, bourgades et cités, prêchant partout , au nom de l'église, la sainte croisade albigeoise.
Le capitaine André du Lac était accompagné du père Ambroise, un de ces moines fanatiques de l'époque qui, bien que minis-