CHAPITRE T
très du Dieu de paix et de miséricorde , regardaient comme un pieux devoir de fomenter vengeances et guerres. Il était porteur d''absolutions et d'indulgences dont il pouvait gratifier à son gré ceux qui s'enrôlaient à sa voix. Le père Ambroise ne demandait à ses recrues, pour gagner les saintes récompenses de Rome , qu'un service de quarante Jours. Ce délai expiré, chaque soldat de la croisade, assuré des béatitudes éternelles , pouvait retourner librement à ses foyers*. Aussi, déjà depuis long-temps, d'innombrables légions en France s'armaient et se croisaient, chaque année, pour aller exterminer Thydre de l'hérésie dans les plaines du Languedoc".
' Bulle donnée à Latran en 1208. — Histoire des Albigeois, par Jean-Paul Perrin, édilion de Genève, 1. 5, p. 15.
' Chassa}j;ut»ii , Histoire des Albigeois , 1. 1, p. ô.
Cependant ni les menaces du guerrier ni les exhortations du prêtre n''avaient pu déterminer les villageois du hameau de la maison foite à prendre, à rinstanlmême, les armes. Quelques uns étaient ébranlés ; beaucoup ne savaient que résoudre; mais tous avaient pris le parti de s^en remettre à la décision de leur seigneur et maître Roger, le châtelain du Val des Ombres.
Malheureusement le vieillard sombre et morose inspirait une vague terreur aux habitansdupays, quMl laissait rarement approcher de sa personne. Tant de mystères Pentouraient ! son œil était si mal accueillant! Comment se sentir le courage d^aborder ce patron farouche ! qui oserait le consulter ! une délibération villageoise avait eu lieu à cet égard chez le laboureur où avait dormi le pèlerin. Ce dernier, témoin aux débats, avait soudain pris la parole.